Planoise : Latifa Ibn Ziaten, le courage d’une mère
11 décembre 2022
Toufik-de-Planoise (77 articles)
Share

Planoise : Latifa Ibn Ziaten, le courage d’une mère

À l’initiative de l’association Café Charlie de Planoise, une rencontre était organisée jeudi 8 décembre avec Latifa Ibn Ziaten. La voix d’une mère engagée depuis dix ans, après que son fils Imad ait été assassiné par le terroriste Mohammed Merah. Alors qu’elle aurait pu être consumée par la haine concède t-elle, elle a au contraire choisi de sillonner le monde afin d’écouter et de comprendre cette jeunesse déconsidérée. Un échange permettant d’aborder le principe de laïcité dont la semaine lui était consacrée, mais aussi les défis du vivre-ensemble ou la nécessité de fondamentaux tels que la scolarité.
.
.
.
Le 11 mars 2012 à Toulouse, le soldat franco-marocain Imad Ibn Ziaten était froidement abattu en pleine rue. Le militaire sera la première victime d’une vague d’attentats, perpétrées par le terroriste islamiste Mohammed Merah. Une virée macabre menée sous l’égide d’Al-Quaïda, qui s’achèvera quelques jours plus tard après une tuerie au sein de l’école juive Otzar Hatorah. Ces crimes feront sept morts dont trois enfants, laissant le pays en état de choc. Latifa Ibn Ziaten est évidemment meurtrie, mais tente de convertir cette peine effroyable en recherche de réponses.

Une quête et un cheminement qui constituent la première partie de soirée, à travers la projection du documentaire « Latifa, une femme dans la république » (Jamila Buzkova, 2016). S’en suivent quelques mots de la responsable associative devant une salle comble, qui explique les motivations de son combat. Avec, d’abord, la volonté d’écouter, de comprendre et de conseiller la jeunesse, parfois déconsidérée : « On ne prends pas le temps de savoir qui ils sont, ce qu’ils veulent, quels sont leurs besoins, mais aussi leurs vécus et problèmes. Or ces jeunes ne sont pas une charge, ils sont notre avenir ! »

Un important focus est mis sur les maux de notre temps, en particulier l’érosion du concept de solidarité qui impacte les relations au sens large dont la transmission du savoir et l’amour du foyer. « Aujourd’hui, l’individualisme triomphe. Parents et enfants ne mangent plus ensemble, les voisins que l’ont pouvait jadis solliciter sont partisans du chacun chez sois, le professeur qui fait de son mieux et reste un tuteur est néanmoins lui aussi emporté par des impératifs structurels ou comptables… » Notre interlocutrice appelle donc à retrouver et défendre nos acquis, sociaux comme républicains.

Un moment d’émotion se produit, lorsque Latifa Ibn Ziaten et Hayette Ben Messai s’enlacent. Cette dernière a aussi perdu son garçon, fauché à quinze ans par une balle perdue l’été dernier à Planoise. Alors qu’elle porte le tee-shirt pour la marche blanche du 29 octobre dernier, sa camarade d’infortune développe : « Imad et Abdel-Malek nous ont été soustrait, à cause d’une violence aveugle et inutile. Nous ne pouvons nous départir de la douleur, malgré la volonté d’apaisement et de pardon. Mais même si c’est très rude, il nous faut trouver la force d’honorer leur mémoire par un travail constructif. »
.
.

Toufik-de-Planoise

Toufik-de-Planoise

Un Ours qui parle, et qui écrit aussi.