Dijon : de l’objection à l’affrontement, 2 000 manifestants contre la loi « sécurité globale »
6 décembre 2020
Toufik-de-Planoise (97 articles)
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Dijon : de l’objection à l’affrontement, 2 000 manifestants contre la loi « sécurité globale »

Plusieurs manifestations étaient organisées en Bourgogne/Franche-Comté ce samedi 5 décembre, afin de protester contre la loi « sécurité globale » et ses effets jugés « liberticides. » C’est à Dijon que la convergence s’est surtout concentrée, avec quelques 2 000 participants venus clamer leur inquiétude et leur opposition face aux tentations sécuritaires du Pouvoir. Mais rapidement et jusqu’à la nuit tombée, les slogans ont laissé place aux parpaings et aux gaz lacrymogènes. Au moins huit personnes ont été interpellées, dont le bisontin Fred Vuillaume.


Une mobilisation fortement suivie.
Autonomes, gilets jaunes, étudiants, militants syndicaux et politiques, composaient le gros des troupes. Mais ce samedi on retrouvait également une multitude d’acteurs associatifs, des O.N.G. comme la L.D.H. ou Greenpeace, des féministes, des avocats, des libres-penseurs, des membres de la confédération paysanne, quelques retraités et habitants de quartiers, ou encore des écolos et altermondialistes. Les jeunes de 15-35 ans sont alors nettement majoritaires, et si tous baignent dans ce milieu « alternatif » peu s’avèrent adhérents ou sympathisants d’une organisation formalisée.

La tête de cortège, boulevard Carnot à 15h30.

Malgré des check-points, fouilles, et contraventions, cette date a portée régionale a ratissé des groupes venus de Lons-le-Saunier, Mâcon, ou Besançon. Nous avons estimé la participation totale à environ 2 000 personnes, quand la Préfecture en validait 1 700 à 1 800. Le rendez-vous était fixé à 14h00 place de la République, en-dehors du vieux-centre et après bien des atermoiements. Les autorités oscillaient en effet entre tolérance et interdiction… avant de se rappeler que l’événement tombait en plein « Black Friday », précipitant la sanctuarisation des allées marchandes.

La loi sécurité globale en ligne de mire.
Après quelques prises de parole le défilé s’engage tranquillement à 15h00 boulevard Thiers, sans connaître d’accrocs. Aux pétards et fumigènes, les slogans anti-autoritaires et autres reprises de la chanson « à bas l’État policier » fustigent fermement la loi dite de « sécurité globale. » Les dizaines de pancartes explicitent ces griefs sonores, le parcours fulminant de messages comme « pas de justice pas de paix », « police floutée justice aveugle », « violences sous silence », « la République en marche vers 1984 », « nous ne nous tiendrons pas sage », ou « flash-ball, non merci ! »

Ce tournant législatif est naturellement aussi au cœur des conversations, cristallisant une colère déjà alourdie par un contexte social et économique explosif. Lila (*), anarchaféministe de dix-neuf ans, est avec la plupart de ses camarades. Pour elles il était crucial « d’illustrer un rejet massif du texte en cause, comme plus globalement de la vision qui se dessine. » Même leitmotiv pour Didier, retraité originaire de Beaune : « j’ai fait un peu de route, pour montrer ma solidarité. J’étais là durant Mai-68, et j’espère que la jeunesse défendra ses libertés avec autant de vigueur. »


« À 15h30, on arrête la ballade. »
Place Wilson à 15h30, c’est ici que le terminus doit être marqué. En théorie, car c’est aussi là que « la ballade s’arrête » pour d’autres. Ils sont quelques trois-cent téméraires à s’engager spontanément rue Chabot Charny, où s’est pourtant installé un cordon de C.R.S. Le début d’une seconde phase de la journée, où les heurts deviennent la norme. Alors qu’ils avancent au plus près du dispositif, gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes se déchaînent sur les assaillants. Feux d’artifices, galets, plaques d’égouts, poubelles, répliquent aussitôt sur les uniformes.

Les manifestants, place Wilson vers 16h00.


Une barricade incendiaire est érigée au milieu de la chaussée, alors qu’une banque est taguée « A.C.A.B. » en dédicace aux forces de l’ordre. Celles-ci décident de stopper là les velléités, bombardant la zone de nuages suffocants. Le tableau n’en est que plus surprenant, lorsqu’un black bloc engoncé dans son drapeau « action antifa » renvoi un palet de lacrymo sur fond de « petit papa Noël » à la sono. Les automobilistes égarés entre deux fronts tentent de s’extirper du bourbier, les pas de danse entre gain et perte du site par les protagonistes se prolongeant jusqu’au début de la nuit.


Le Préfet condamne des « individus radicalisés. »
L’hémorragie principale enfin cautérisée à partir de 17h00, un énième théâtre s’ouvre place de la République. Ils sont encore une cinquantaine à s’être regroupés dés 17h30, paisibles mais déterminés à ne pas quitter le pavé si aisément. Cette fois les fonctionnaires dépêchés sur les lieux ne feront pas dans le détail, une ultime charge éclaire permettant de reprendre définitivement le contrôle. Certains témoins rapportent à cette occasion des interpellations, dont « plusieurs réalisées dans des circonstances brutales au croisement Peignot/Parmentier. »

Au total huit seront confirmées, motivées pour des faits de dégradations par incendie (322-5 C.P.), violences aggravées (222-13 C.P.), et outrage (433-5 C.P.). Pour d’autres seule une présence physique est reprochée, caractérisée comme une « participation à un attroupement après sommations » (431-4 C.P.). C’est notamment le cas du seul bisontin placé en garde-à-vue, le gilet jaune et représentant F.O. Frédéric Vuillaume. Le préfet Fabien Sudry a réagit, « condamn[ant] fermement l’action des quelques 150 individus radicalisés qui s’étaient déplacés uniquement pour en découdre avec les forces de l’ordre. »

 

 

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