28 mai 2016 Share

Visite de Mme. Myriam El Khomri à Besançon

27 mai, c’était à nouveau une journée de lutte pour une partie des bisontins. En cause, la visite de Mme. Myriam El Khomri, ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social.  Radio BIP était sur place. Voici le récit de cette journée, vécue par notre journaliste.

15:30 heures – Je sors de la rédaction, direction Palente. Je suis à pied, donc, évidement, je tente de prendre un bus. Manque de bol, la ligne qui dessert cette zone est en “perturbation”. L’heure tourne. La mobilisation commence à partir de 16:30. Il est 16h et j’ai pas encore de bus.  J’appelle un taxi, mais on me dit que j’ai une attente de plus de 30 min. Ça n’arrange pas mes affaires.

16:16 – Un bus qui dessert ce quartier, arrive enfin. Je me pose des questions car la ligne est censée arriver devant les anciens locaux de l’usine LIP (actuellement occupés par la Boutique de Gestion de Franche-Comté, une association qui a comme but d’aider les entreprises en création à se lancer). Je suis presque certaine que cela ne peut pas être possible. Et en effet, arrivé à Orchamps, le conducteur du bus lance un cri pour annoncer à tout le monde que sa trajectoire change.

Voiture de police - 27 maiDu coup, je descends devant le lycée Pergaud et je commence à marcher. Des voitures de police stationnent à chaque coin de rue.

Tout à fait normal pour la visite d’un ministre, mais j’ai tendance à croire que le dispositif est renforcé.

Et j’ai raison de le croire, car l’accès au bâtiment est totalement bloqué. Il y a des officiers un peu partout, même dans les quartiers avoisinants. Une chose est sure, le service de sécurité fait bien son travail à Besançon.

16:30 – Je suis devant le bowling. C’est la que tous les manifestants de l’intersyndicale et du comité de lutte de Besançon se sont donné rendez-vous. 27-mai-gendarmesL’accès reste bloqué par une compagnie de gendarmes. J’ai des échos “Ils arrivent de Rennes“. Je veux en avoir le cœur net et je leur pose la question. Réponse ferme: nous sommes de la région.

17:00 – La manifestation commence réellement. Je suis seule, donc je dois faire plusieurs choses à la fois: prendre des photos, prendre du son, filmer. J’ai le sentiment d’être un “homme orchestre”. Il ne me manque plus que le pigeon sur l’épaule et c’est bon. D’ailleurs j’ai gagné le titre de “reportrice de guerre” vu l’arsenal que je porte. Peu importe comment c’est dit, j’apprécie quand-même. Cependant, le tout, pèse assez lourd pour mes pauvres épaules. C’est une guerre pour moi aussi … pas seulement pour les manifestants.

27-mai-manif-mob4

Il fait chaud mais cela ne gêne pas les manifestants. Ils donnent de plus en plus de voix. “El Khomri t’es foutue, la jeunesse est dans la rue” ou “Aujourd’hui dans la rue, demain on continue” et bien d’autres. Les pancartes contre la loi travail semblent être de plus en plus nombreuses au fur à mesure que de nouveaux manifestants arrivent sur place.

Il se trouve que je n’ai pas d’accréditation. On s’y est pris un peu tard pour la demande et le ministère était assez strict sur la distribution des pass presse. Un  comité de représentants des syndicats devait être reçu par la ministre du travail. Je souhaite les suivre, mais sans l’accréditation, il est impossible de passer.

Je parle avec les syndicats et on m’aide un peu. Je suis mise en contact avec la personne qui s’occupe des médias (entre autres) à la Préfecture. Un peu d’attente et me voila passée derrière la barrière des gendarmes, ou on me donne un pass presse. Je remercie le service, car c’était un peu de notre faute et du coup je peux couvrir l’événement, depuis l’intérieur aussi.

Je retourne voir les manifestants. Il fait chaud et les allées-venues entre l’endroit de la visite officielle et les manifestants deviennent épuisantes.

27-mai-fumeeLes manifestants crient leur colère de plus en plus fort. Ils ont préparé un feu avec des pneus pour attirer l’attention – de loin – à la ministre. Et ça marche, on peut voir la fumée depuis le bâtiment de la visite officielle. Ça donne même une sensation bizarre comme si le bâtiment était en feu

Les manifestants ont préparé une “mob”. J’entends un coup de sifflet et une partie des manifestants tombent par terre. Sur les pancartes on peut voir “La loi travail m’a tuer” ou “J’étais si heureux au travail que j’ai fini par me suicider: Je m’appelle Fabienne Godefroy , Olivier Guedon, Benoit Violier, Sandra Kach, Gregory Girards, Myriam Sakri, Laurent, Eric, Mireille, Gwenael, Remy, Jeanlouis, Yannic”.

Un communiqué sera lu plus tard par des membres du comité de lutte de Besançon (aussi connus pour organiser les Nuits Debout).

Il est 18h – Je retourne au bâtiment de la visite officielle. La ministre du travail doit arriver. J’entends même qu’elle est déjà là et qu’elle est en train de parler avec les syndicats. J’arrive trop tard et en plus on me dit que je ne peux pas enregistrer. Du coup, le but initial de mon reportage, tombe à l’eau.

Je reste pour l’allocution. On inaugure l’école de cuisine de Thierry Marx “Cuisine Mode d’Emplois”. La venue de la ministre c’était une vieille promesse. Je parie que le chef ne savait pas dans quel pétrin le gouvernement allait être à l’ouverture de son école à Besançon.

27-mai-inauguration-decalageJe regarde autour et je vois une salle avec pas mal de costumes à plusieurs milliers d’euros . Un sacré décalage. En bas, a quelques dizaines de mètres, je venais de parler avec des personnes en grande difficulté qui malgré la chaleur et la fatigue étaient dans la rue pour exprimer encore et encore leur désarrois et leur colère. Ils ne comprennent pas comment c’est possible qu’on veuille leur faire autant du mal. Ils voient leur futur en noir et toujours plus difficile. La tout est brillant, tout est parfait. Des verres de champagne et de jus de fruits sont servis par les élèves de l’école.

Je les regarde et je vois des jeunes fiers d’être la. Et j’en suis heureuse pour eux. C’est en effet une chance. Je parle avec une élève de l’école. On avait échangé quelques mots devant une fenêtre, car oui, il y a du champagne mais on est à la même enseigne avec les manifestants coté chaleur. Elle n’est pas de Besançon et malgré le climat un peu difficile, elle trouve que c’est une ville magnifique. Pour elle, comme pour moi, le climat du sud, chaud et sec nous manque.

Du coup je lui propose de me parler un peu de son expérience dans cette école:

Tout le monde est dans l’attente du discours de la ministre. Les élus font leur apparition, un par un. La salle est pleine à craquer quand Mme Myriam El Khomri arrive.

J’avais prévu de faire un Périscope. J’entre en direct et je commence à suivre les élus faire le tour de la maison. Beaucoup de monde et un peu de bousculade. Mon micro et mon enregistreur tombent par terre. Une autre journaliste m’aide à les récupérer. Il faut vraiment que je trouve une solution pour porter tout ce matériel sans avoir le souci de les faire tomber. Mais un peu dur avec autant de monde autour et qui souhaite filmer avec leur téléphone portable ou prendre une photo. Nous ne sommes pas que quelques journalistes. La salle est pleine de “journalistes citoyens”.

Mme la ministre parle avec les élèves et les profs cuisiniers. Les journalistes essaient tous d’avoir un bon son ou une bonne image. Les photographes se font aussi une place dans tout ce vacarme. Mon direct sur Périscope s’enflamme. Des centaines de personnes se connectent pour voir la visite. Et mon téléphone aussi. Je ne savais pas combien mon tél peut chauffer quand je suis en direct pour plus de 20 min.

Une fois le tour de l’école fait, arrive le moment de l’allocution. Les élus et organisateurs se partagent la scène. Thierry Marx, Jean Paul Jeunet, M. le maire, Mme. la présidente de la région et Mme. la ministre.

27-mai-speech-inauguration

Une fois le discours terminé, une mini conférence de presse a lieu. France 3 prend la parole et pose des questions sur la cuisine. Au bout de 2 questions, une jeune journaliste – un peu survoltée – commence à parler des manifestants. Elle monopolise la parole et pour cause, la conférence est terminée sans que je puisse poser mes questions. J’espère qu’elle aura la reconnaissance qu’elle cherchait ce jour là.

Je continue mon direct sur Périscope. Je vois l’interview de France 3 avec Thierry Marx. Il parait satisfait de cette journée.

Thierry Marx

Dehors les manifestants ont continué leur mobilisation. Charles Piaget était parmi eux . Né en 1928, Charles Piaget est un militant syndicaliste, particulièrement actif lors du conflit social de l’entreprise d’horlogerie Lip dans les années 1970 où il aura été une figure emblématique du mouvement autogestionnaire français. Devant les anciennes usines de LIP il est venu exprimer sa colère. Car de la colère il en a encore.

Nous l’avons rencontré pendant les premières manifestations contre la loi travail. Voici ce qu’il disait à cette époque la:

Jeudi, 26 mai, il était toujours présent dans la manifestation – devant le MEDEF – et nous donnait son opinion sur la venue de Mme. la ministre dans les anciens locaux de LIP:

Devant les manifestants il a rappelé le combat des anciens LIP pour la sauvegarde de leur travail:

1973 : Des travailleurs de LIP privés de salaires, avaient décidé de relancer la fabrication, de vendre et se payer. Le gouvernement a décidé de les évacuer avec la force des CRS. Pendant 6 mois, ces derniers occuperont l’usine pour empêcher les LIP de travailler.

Les travailleurs espèrent toujours une réaction du gouvernement. Les machines, les établis, les montres seront sortis de l’usine, l’atelier reconstitué.

Ça durera 1 an, un combat très dur ! Avec des courses poursuites entre les forces de police et les résistants « jusque dans les escaliers des immeubles pour matraquer les gens qui manifestaient »
« Aujourd’hui ça recommence » dit-il « et avec un parti socialiste » « on peut dire que c’est l’impensable (…) incroyable ! On va vers n’importe quoi. C’est toutes les lois sociales qui sont remises en cause et je crois qu’on a tout à fait raison de se battre aujourd’hui. »

(nous sommes désolées pour la qualité, un générateur d’électricité très bruyant a brouillé l’enregistrement):