Pass sanitaire : à Besançon, plus de 2500 personnes dans la rue
24 août 2021
Toufik-de-Planoise (61 articles)
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Pass sanitaire : à Besançon, plus de 2500 personnes dans la rue

Ce samedi à Besançon avait lieu la sixième semaine de contestation contre le pass sanitaire, où 2 500 participants étaient dénombrés par nos soins. Un vent de colère qui ne faiblit pas, alors que plusieurs protagonistes prédisent un nouveau sursaut à partir de la rentrée : « notre ultimatum, il commence le 28 août » promet ainsi un manifestant. Localement, l’extrême-droite n’a pas refait son apparition, cette fois-ci. Pancartes et slogans ont été en conséquences beaucoup plus pondérés sur la forme, bien que tout aussi percutants dans le fond. Avec l’installation de la contestation, la traditionnelle confrontation face aux forces de l’ordre émerge et fait aussi débat en interne.


Une participation toujours élevée.
Selon nos estimations, quelques 2 500 protestataires étaient présents ce samedi à Besançon (1 500 premier relevé Préfecture, 3 700 troisième comptage organisateurs). Un cortège qui demeure impressionnant : entre la tête et ses derniers éléments, sept minutes se sont écoulées à notre point de passage. Une démonstration de force que beaucoup espèrent voir accentuée en septembre : « avec le retour des habitants, la reprise du travail, et la rentrée des classes, ça pourrait bien péter » promet un artisan de Haute-Saône. « Les Autorités, si elles ne nous entendent pas, ont intérêt à s’inquiéter. Nous ne lâcherons rien. Notre ultimatum, il commence le 28 août prochain » complète un de ses accompagnants. En attendant, l’événement à été globalement bon enfant. Professions libérales, blouses blanches, enseignants, ou encore restaurateurs furent notamment engagés, en sommes toute la classe moyenne et prolétaire, sans distinction d’âge, de sexe, ou de domiciliation.

Un socle large maintenu depuis six semaines, et qui pourrait donc ne pas s’essouffler. « Je suis là depuis le début, même si par chez moi je ne suis pas le seul à être hostile à ces mesures. Mais je remarque qu’avec les premières suspensions au travail, le durcissement des entrées en restaurant, et l’imbroglio dans les collèges et lycées, une part des mes fréquentations est prête à passer le pas. Ça part de mes beaux-parents à mes voisins et amis, qui considèrent que tout cela va trop loin » rapporte un ouvrier du Haut-Doubs. Après une déambulation dans la vieille-ville, la fin de journée se profile comme d’habitude rue Charles Nodier. La police nationale a été sur le front, en déployant de larges barrières anti-émeutes. Une débauche de sécurité, qui cache une broche scellée avec un masque jetable, un véhicule au contrôle technique dépassé, ou des agents dépourvus de RIO. Mais le contact fut cordial, conversations et sourires ayant été échangés jusqu’à la dispersion.

La place du Huit septembre, toujours autant bondée.

Quand la parole est brandie.
Côté pancartes, inscriptions, et symboles, des centaines messages se sont attachés à marquer un désaccord vif et recevable. Parmi les thèmes abordés, l’inquiétude quant à l’instauration d’une société du contrôle (« 2021/1984 », « France où est passée ta liberté », « la Dictature en Marche »), le traitement des opposants et l’efficacité des mesures (« oui au tri sélectif pour les poubelles seulement, pas pour les gens », « une dose, deux doses, trois doses, à quand l’overdose », « je ne suis pas un cobaye »), les répercussions au niveau éducatif (« exclusion scolaire et sociale = violation de nos libertés fondamentales », « pas de ségrégation au lycée », « protégeons nos enfants »), la défense des vaccins (« vacciné okey’ mais pas de pass sanitaire », « le vaccin est une solution, le pass sanitaire est un problème »), ou le manque de moyens des hôpitaux (« si la crise était sanitaire, on embaucherait des infirmières pas des vigiles », « lits détruits = roulette russe).

Rares furent les tournures qui se sont hasardées sur des connotations douteuses, ambiguës, ou tendancieuses, à de marginales exceptions près. Ainsi sur les milliers de manifestants, seulement quelques exemples sont apparus dans ce registre : une femme arborant une étoile de David verte « pass sanitaire non valide », un musicien de la fanfare au tee-shirt « pass nazitaire », une poignée d’individus aux dressings et étoffes de couleur blanche selon les thèses de Louis Fouché, ou ça et là des références incongrues notamment à un prétendu « génocide. » Les trois derniers éléments discutables aperçus provenaient de la mouvance catholique traditionaliste, dont plusieurs membres sont des habitués opiniâtres mais discrets. On y retrouve l’inclusion du mot « pass » stylisé par le symbole SS, d’autocollants de l’organisation « Civitas », ou encore d’un panorama complotiste obscure dénonçant entre autres la franc-maçonnerie et le Nouvel Ordre Mondial [1].


« Les flics, c’est le rempart entre le pouvoir et le peuple. »
Matière complexe, le rapport des manifestants aux forces de l’ordre fait souvent débat en interne. Entre sympathies et confrontations, les deux camps se jaugent et se cherchent régulièrement. À l’arrivée sur Préfecture, certains n’hésitent pas à reprendre visuels et slogans «  la police/l’armée avec nous. » Comme l’avance une mère de famille : « ce sont des êtres humains, ils ont des enfants. Eux aussi sont inquiets, donc il faut arriver à les faire basculer dans notre cause. » Certains citent également l’édition du 24 juillet dernier près de la Gare-d’eau, où les agents avaient finalement déposés casques et boucliers… suscitant approbation et applaudissements des protagonistes encore présents. Un retraité, dont la dernière mobilisation remonte à mai-juin 68, semble dubitatif quant à l’analyse : « Je n’ai rien contre la police en tant que telle, mais c’est arrivé, car ils en ont reçu la consigne, alors que tout danger était écarté. La fraternisation, ça n’existe que dans les films. »

Un discours que d’autres partagent, à l’image d’un couple de trentenaires abondant en ce sens : « ils sont là pour obéir, ni plus ni moins. Quand là-haut on leur demandera de canner, ils le feront sans broncher. Les flics, c’est le rempart entre le pouvoir et le peuple. Nous ne sommes pas du même côté de la barricade. Ceux qui veulent donner des roses ou faire des câlins aux uniformes sont de doux rêveurs, qui se réveilleront bientôt à coup de contrôles, lacrymos, et gardav’. » Malgré une vision divergente, nombre de participants s’accordent étonnamment sur ce point. « J’ai toujours l’espoir d’une résistance au sein même de ces jeunes gardiens de la paix. Mais je ne suis pas tout à fait naïve non plus. Si on rate le coche, lorsque le Préfet exigera la répression, démissions, arrêts-maladies, et insubordinations, dans le meilleur des cas, représenteront une infime minorité. Et à ce moment là, ça en sera fini de la bienveillance » concède notre première interlocutrice.

Sur Préfecture, une manifestante fait un cœur avec ses mains en direction des forces de l’ordre.

Les premiers concernés souvent indécis.
Objet de toutes les supputations, les positions individuelles des fonctionnaires sur le vaccin et la vaccination apparaissent aussi éclatées que l’opinion publique. L’exemption de pass sanitaire accordée à leur profession a certes permis le temps de la réflexion, mais provoque bien des critiques. Un gradé, que nous avons interrogé, en a conscience : « Je ne suis ni pour ni contre. Comme plein de gens, je me pose des questions là-dessus. Dans mon environnement, les avis sont également multiples. Mais étant en contact avec le public, j’ai préféré me faire administrer les deux doses requises. C’est une décision individuelle, qu’ont pris la plupart de mes hommes sur le terrain. Le taux d’adhésion varie suivant les services, la hiérarchie, les collègues. C’est en tout cas un sujet constant de discussion et de controverses. » Les trois autres agents sollicités ne sont pas davantage tranchés, mêlant ambivalence et scepticisme comme si la question ne les touchaient pas vraiment.

Concernant le mouvement, les qualificatifs sont mesurés. « On ne rencontre pas les mêmes problèmes qu’avec les gilets jaunes, les participants se contentent de défiler dans le calme donc tout le monde est content » rapporte un brigadier. Un membre du renseignement valide : « la protestation se caractérise par trois aspects : des familles, primo-manifestantes, et sans expérience militante. En plein mois d’août, leur nombre reste une vraie surprise. Mais le pacifisme domine, et tant que les choses restent aussi stables ça ne devrait pas bouger. » Battant le pavé chaque samedi, on aperçoit parfois militaires, policiers, et même un RG ce samedi. Un apport pour le moins singulier, qui s’installe en échos à une toile de fond mais aussi peut-être à des missions mal-perçues. « Aller désormais chercher les citoyens en terrasse, ça ne nous enchantent pas. Après ce n’est pas à nous qu’il faut en vouloir, mais aux parlementaires qui promulguent ces lois » rappelle l’un d’eux.


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[1] (photographie du visuel) On y retrouve, pêle-mêle, la dénonciation de la franc-maçonnerie symbolisée par le compas et l’équerre ainsi que les mots « ordo ab chaos », du contenu des vaccins qui comprendrait notamment de l’oxyde de graphène, de la résurgence de « Satan » liée à la phrase présidentielle « c’est notre projet », de la « guerre reset » et du « Nouvel Ordre Mondial », des cercles « Pedowood », des antennes 5G, des « chemtrails », de la HAARP, de l’enseigne américaine MacDonald, des médias et réseaux sociaux, du forum économique mondial, d’une alerte info clamant que « la grippe à disparue » et que « le gouverne ment », ou encore de la baisse de la spiritualité.

Toufik-de-Planoise

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Un Ours qui parle, et qui écrit aussi.