9 août 2019
Emma Audrey (100 articles)
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La répression contre les médias indépendants continue à Besançon

Nous venons de recevoir à la rédaction le message d’un confrère, reporter de Factuel.Info connu sous le nom de Toufik de Planoise. Il nous explique en gros, que suite à la couverture de l’acte 35 des Gilets Jaunes il a reçu à son domicile un avis de contravention de 4ème classe pour « Participation à une manifestation interdite sur la voie publique ».

Il n’est pas seul à avoir reçu ce type de contravention. Plusieurs manifestants ont eu le même traitement. Un des manifestants a quant à lui reçu 2 contraventions pour le même jour et pour le même endroit.

Nous ne savons pas exactement sur quelle base les personnes concernées ont été choisies pour recevoir ces contraventions, mais ce qu’il est sûr c’est que les personnesle plus visibles dans les médias sont particulièrement touchées.

Le 13 juillet 2019, notre équipe était sur place pour couvrir cette manifestation en direct. Nous avons pu travailler sans aucun souci majeur et aucune contravention n’est arrivée à la rédaction, ni au domicile des journalistes. Cependant, pour notre confrère, c’était bien le cas. Le collaborateur de Factuel.Info (qui, pour rappel est un journal en ligne local sur le modèle de Médiapart) s’était présenté en tant que reporter, il portait un équipement marqué « Média », gardait à vue son badge qui atteste de son appartenance à la rédaction Factuel.info au cou et avait son appareil photo professionnel dans la main.

Toufik, reporter Factuel.Info
Contravention Toufik

Tout ceci intervient sur soupçon de pression exercée sur les 2 rédactions indépendantes (et les plus présentes sur l’ensemble des manifestations de Besançon et alentours) . Pour rappel, le même reporter et un reporter de Radio BIP sont appelés à se défendre devant la justice suite à l’agression de notre reporter de terrain, Alex, par un passant agressif qui l’avait frappé à la tête en marge d’une manifestation Gilets Jaunes. Donc, pour résumer, les deux reporters, se retrouvent devant le juge, pour s’être défendus contre l’agresseur d’Alex. Nous reviendrons sur cette affaire sous peu avec plus de détails. ( voir le communiqué de presse ici )

Dans une lettre envoyée à la gendarmerie, Toufik explique contester la contravention « par les voies dédiées, ayant d’ailleurs une multitudes d’éléments et de témoignages accréditant ses propos. » Il s’adresse ensuite au lieutenant-Colonel Olivier Leblanc, commandement de la compagnie départementale de gendarmerie Besançon/Doubs:  « toutefois, si je prends la peine de vous solliciter, c’est bien par ce que je crois être face à un précédent très inquiétant pour la liberté de la presse. Jamais, jusqu’alors, les équipes locales de gendarmerie ne s’étaient à ce point fourvoyées dans leurs missions de maintien de l’ordre à l’encontre de journalistes ou assimilés qui ne sont là que pour exercer sereinement leur mission. J’espère encore, au moment où j’écris ces lignes, qu’il ne s’agit que d’une regrettable bévue qui ne se reproduira donc plus »

La situation actuelle devient de plus en plus sensible pour les médias indépendants. En 6 mois de manifestations,  4 de nos journalistes/reporters se retrouvés interpellé.e.s, contrôlé.e.s, bousculé.e.s et éventuellement mis.es en GAV. Et ceci, quand les équipes ne sont pas arrêtées en pleine transmission en direct pour des « vérifications d’identité » successives par les mêmes policiers. Une « méthode » qui met un coup d’arrêt à la transmission en direct et qui empêche les journalistes et reporters de faire leur travail d’information. Le 14 Juillet, un de nos reporters se retrouvait interpellé et amené au commissariat pour « vérification d’identité » alors qu’il avait décliné son identité (avec carte de presse et carte d’identité) et que c’était le même policier qui l’avait contrôle 2 mois plus tôt pour les même raisons et de la même façon, pour « vérification d’identité ».
Le policier qui l’avait interpellé, s’est adressé à lui en l’appelant « Monsieur BIP » et en décrivant la raison de l’interpellation  ainsi : « ben vous êtes avec eux (nr: les gilets jaunes)

Vidéo de l'interpellation de notre reporter le 14 Juillet 2019, pour "vérification d'identité"

Emma Audrey

Emma Audrey

- Journaliste grand reporter.