31 août 2017 Share

(Mise à jour) La famille Azémi, après avoir été refusée, reçoit finalement un « laissez-passer »

** Mise à jour: Suite à la mobilisation des bisontins et des associations et collectifs, la préfecture à fait savoir qu’elle s’opposait pas au départ et au retour à Besançon de la mère du petit:   » s’agissant du retour sur le territoire français, […] ne s’oppose pas au retour de Madame Azémi. « 

L’information s’est répandue très vite. Dimanche, 27 août , un enfant de 7 ans a trouvé la mort à la piscine de Chalezeule.

Un événement tragique qui a ému beaucoup de bisontins. Sur les réseaux sociaux, on a pu constater beaucoup de réactions suite à ce drame.

Le maire de Besançon, Jean-Louis Fousseret a quand à lui, exprimé sa peine pour le décès de cet enfant.

Cependant, l’histoire ne s’arrête pas là. La famille Azemi, se trouve confrontée désormais à un autre problème. Etant originaire du Kosovo, la famille a fait une demande d’asile à son arrivée en France. Malgré plusieurs échecs, la famille se trouvait en pleine procédure de recours auprès du tribunal de Nancy.

Viviane Camus, membre du collectif CDDLE

« La préfecture du Doubs soutient que cette famille se trouve en situation irrégulière, cependant, ce n’est pas la situation réelle » nous indique Viviane Camus, membre du collectif CDDLE qui suit la famille depuis son arrivée en France, et sous le choque de cette nouvelle. « La famille, aidée par le CDDLE, était en train de faire le dossier de recours, chose tout à fait légale, en plus du recours à la cour d’appel de Nancy ».

Et pour cause, la Préfecture du Doubs a tout simplement refusé de donner un « laisser-passer » pour la mère afin qu’elle puisse enterrer son enfant. « Si elle part aujourd’hui, elle sera interdite de territoire en France et elle ne pourra plus rejoindre son mari et ses deux autres enfants »

Une situation complètement scandaleuse pour beaucoup de militants
d’ associations d’aide aux migrants.

« C’est inhumain » lance Leslie du collectif « Sol-Mi-Re ». « En plus de l’événement dramatique on leur rajoute ça en plus. C’est inhumain … »

Le collectif CDDLE essaie de contacter les élus. Le maire de Besançon n’a pas donné suite à leurs demandes ni à leur demande de rendez-vous, et par la voix d’un collaborateur, explique que cela ne rentre pas dans les prérogatives de la mairie, mais c’est bien la responsabilité de l’état.

A l’heure de la publication de cet article, aucune issue n’était trouvée à cette situation inhumaine.

Le communiqué du CDDLE de Besançon

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

1er septembre 2017

Réseau Education sans Frontières, Resf 25
CDDLE (Collectif de Défense des Droits des Etrangers)
Collectif Solmiré (Solidarité Migrants Réfugiés)

Un laissez-passer pour Mme AZEMI, afin qu’elle puisse revenir en France retrouver son mari et ses 2 autres enfants après l’enterrement de son petit Daris au Kosovo
La maman du petit Daris, qui s’est noyé dimanche 27 août 2017 dans une piscine municipale de Besançon (dans des circonstances encore non élucidées, une enquête est en cours) n’a pas été autorisée par la Préfecture du Doubs à revenir en France pour y retrouver son mari et ses deux autres enfants, si elle se rend aux obsèques de son petit garçon, le mardi 5 septembre, au Kosovo.
Le refus est basé sur le fait que la famille est en situation irrégulière et n’a pas obtenu l’asile. De plus, aucun texte ne prévoyant pareille situation, le Préfet ne se sent pas obligé d’y répondre favorablement (!)
Le Maire de Besançon, quant à lui, a fait répondre par ses services qu’il ne voulait pas intervenir pour soutenir cette famille, que ce soit en lui procurant un logement décent ou pour soutenir la demande de laissez-passer de la Maman.
Pourtant, beaucoup de citoyens de Besançon ont été très touchés par le drame qui a frappé cette famille, et ils étaient nombreux à penser que des mesures humanitaires allaient être prises, pour permettre à la Maman d’accompagner son fils en terre et à toute la famille d’obtenir un hébergement décent.
Fuyant un danger mortel au Kosovo, les parents avaient déposé une demande d’asile en novembre 2014, puis une demande de titre de séjour pour pouvoir faire soigner en France le petit Daris, qui souffrait d’une grave pathologie et avait besoin de soins qui ne pouvaient être dispensés au Kosovo.
Déboutés de leur demande d’asile, ils préparaient une demande de réexamen puisque des éléments nouveaux étaient survenus au Kosovo et en train d’être documentés (fait dramatique confirmant le danger encouru par la famille en cas de retour).
Ils vivaient depuis quelques mois dans une grande précarité et, ces dernières semaines, ont connu la rue et même la violence policière lorsqu’ils ont été, avec d’autres, délogés de leur campement de fortune. Ils n’ont pas oublié les coups de pieds des policiers dans leurs bagages, ni que tous leurs vêtements ont été mis à la poubelle…
Comment peut-on ajouter à leur drame ce refus opposé à Madame AZEMI de venir retrouver ses deux aînés et son mari après avoir enterré son plus jeune fils, le plus fragile aussi ?
Sans autorisation de retour, Madame AZEMI ne pourra pas accompagner les obsèques de son fils, ce qui la privera, selon la psychologue qui la suit, de la possibilité de commencer son travail de deuil.
Le Réseau Education Sans Frontières et les associations de défense des droits des migrants de Besançon se mobilisent pour faire pression sur le Préfet et obtenir qu’il revienne sur sa décision en accordant un laissez-passer à Mme Azemi.

Comment agir ?

Le collectif CDDLE demande à tous ceux qui souhaitent interpeller la Préfecture de le faire par écrit. Voici le modèle qu’ils proposent avec les adresses e-mail à contacter:


Monsieur le Préfet du Doubs,

Comme de nombreux bisontins, j’ai été très touché-e par la mort du petit Daris, dimanche 27 août, dans une piscine municipale de la ville de Besançon et j’ai espéré que les autorités municipales et de l’état manifesteraient leur respect et leur compassion pour ses parents et ses frère et soeur, en facilitant leur existence et en leur permettant de commencer dans la dignité leur travail de deuil.

Or, j’ai appris que vous aviez pris la décision d’empêcher Madame AZEMI de participer aux obsèques de son fils, qui auront lieu mardi 5 septembre au Kosovo, en lui refusant l’autorisation de revenir ensuite à Besançon auprès de son mari et de ses 2 autres enfants, Fisnik, âgé de 15 ans et Elma, qui a 13 ans (cette dernière est d’ailleurs particulièrement traumatisée par le drame et fait l’objet d’un suivi psychologique rapproché).

Votre refus est motivé par le fait que cette famille est en situation irrégulière et que, aucun texte de loi ne prévoyant la conduite à tenir dans une telle situation, vous n’êtes pas tenu de donner suite aux demandes de réponse humanitaire émanant des associations qui soutiennent la famille AZEMI.

Pourtant, la seule conduite à tenir me parait être celle de la simple humanité, cette famille n’étant nullement criminelle mais victime du pire des drames, la perte d’un enfant.

Aussi, je vous demande de bien vouloir revenir sur votre décision et, en adoptant une position humanitaire, de permettre à Madame AZEMI d’accompagner son fils jusqu’à sa mise en terre, ainsi qu’elle vous en supplie.

Je vous demande également de proposer à Monsieur et Madame AZEMI, ainsi qu’à leurs enfants Fisnik, 15 ans et Elma, 13 ans, un hébergement digne dans lequel ils pourront entreprendre leur travail de deuil, pour la durée des procédures en cours ou à venir.

Je vous remercie d’agir vite en ce sens, car il y a urgence et vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, mes salutations.

(date et signature)


Vous pouvez copier (et adapter) le courrier ci-dessous, et l’adresser à :
raphael.bartolt@doubs.gouv.fr Préfet de Région, préfet du Doubs

Copies à :
jean-philippe.setbon@doubs.gouv.fr Secrétaire Général Préfecture du Doubs

marie-france.barraux@doubs.gouv.fr Directrice de l’Immigration Préfecture du Doubs

patrick.strzoda@elysee.fr Directeur cabinet Elysée

stephane.fratacci@interieur.gouv.fr Directeur cabinet ministère de l’Intérieur

nicolas.lerner@interieur.gouv.fr Directeur adjoint ministère de l’Intérieur

pauline.pannier@interieur.gouv.fr Conseillère immigration

sec.dircabadj@interieur.gouv.fr

sec.immigration@interieur.gouv.fr

Pour les personnes de votre entourage qui ne pourraient pas envoyer de mails, il est possible de porter la lettre, datée et signée, à l’accueil de la préfecture, ouverte le vendredi jusqu’à 14 heures.