16 juillet 2020
Toufik-de-Planoise (7 articles)
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Planoise : une jeunesse « laissée à elle-même. »

Le rond-point de l’Île-de-France, lors du dernier assaut vers 01h15.

Dans la nuit du mardi 14 au mercredi 15 juillet, la fête nationale marquée par le contexte du coronavirus est restée l’occasion des « traditionnels débordements » notamment à Planoise. L’intensité des incidents fut toutefois bien moindre que les années précédentes, seuls des dégâts matériels contenus et des mêlées sporadiques étant à déplorer. Mais avec, à la clé, un face-à-face tendu, jusque tard dans la nuit, entre une cinquantaine de jeunes et des forces de l’ordre déployées en nombre.

2020 a vu, avec la crise sanitaire, l’annulation des célébrations publiques à Besançon et ses environs. Aussi, afin de limiter par ailleurs la « casse » récurrente, plusieurs mesures ont été prises par les Autorités. On note dans ce cadre l’interruption des transports en commun en soirée, ou encore l’édiction d’arrêtés préfectoraux interdisant par exemple le transport d’artifices ou la vente d’essence en jerrican. Néanmoins, alors que la situation est restée paisible dans les quartiers, tout s’emballe à partir de 23h30.


La nuit la plus calme depuis 2014.
C’est dans le secteur de l’Île-de-France autour « du rond » que se concentrent les échauffourées. Feux d’artifices et pétards se font voir et entendre, mais ce sont surtout plusieurs containers dont certains disposés en barricades sur la chaussée et incendiés qui lancent la soirée. Beaucoup de jeunes sont présents, mais également des familles de passage ou riveraines. Rapidement, pompiers et gendarmes mobiles adjoints de la police locale interviennent pour « régulariser » les choses.

D’abord parqué au centre commercial, l’escadron essuiera plusieurs « fusées » sous les quolibets. Après une sommation, les uniformes envoient du gaz lacrymogène au MP7 cougar et procèdent à des tirs de L.b.D. (lanceur de balle de défense). Déploiement, stabilisation, et battage en retraite, c’est ainsi que s’opérera à répétition le maintien de l’ordre du jour. Par rapport aux éditions passées où nous étions aussi présents, l’amplitude des troubles a atteint son niveau le plus bas depuis 2014.

Nous sommes interpellés par plusieurs participants, mais aussi des « grands frères » et habitants divers. Certains livrent le récit d’une jeunesse « laissée à elle-même. » Redouane (*), trentenaire qui a toujours vécu sur place, expose ainsi un sentiment d’abandon. « Toute l’année, il ne se passe rien entre les blocs. Pas d’taf depuis longtemps, plus d’activités ces derniers mois. Les gamins ici, ils imitent donc les anciennes générations : le 14 juillet ici, c’est devenu un peu l’exutoire. »


« Le problème est beaucoup plus profond que ça. »
Même sentiment de Khaled (*), qui va jusqu’à décrire un processus de « revanche. » « Il y’a une fracture sociale, économique, et géographique, et c’est pas parce que c’est insidieux ou que les mots nous manquent pour en parler qu’on est pas conscients de tout ça. Alors des fois, il faut que ça pète. Mais comme souvent, ça serait bien que les médias n’en rajoutent pas ; pour deux bennes, certains vont titrer sur un soulèvement. Le problème est beaucoup plus profond que ça. »

Entre la place des Nations et le parc du centre Nelson Mandela, nous captons clairement des échanges surprenants de la Brigade Anti-Criminalité (B.A.C.). Aux insultes souvent fleuries, un fonctionnaire n’a pas manqué de répliquer à de nombreuses reprises en employant le mot « bouzelouf » à l’encontre de ses assaillants. Il s’agit d’un plat algérien à base de tête de mouton… mais qui signifierait aussi « sale race » dans l’argot du pays. L’emploi est pour le moins douteux voir franchement raciste.

Autre surprise, lors de l’ultime départ des gendarmes mobiles. L’un des militaires, porte avant-droite ouverte, a ainsi tiré au L.b.D. pendant la marche ; quand on connaît l’imprécision de ces armes lors d’un usage « réglementaire », on imagine sans difficultés la bavure poindre. La nuit s’achève avec la nouvelle de voitures en flammes et par le bris d’aubettes et de publicités JCDecaux, derniers épisodes qui n’entraîneront pas de suites sécuritaires immédiates. Après 02h00, la quiétude reprends.


Anne Vignot condamne les violences.
Au moins deux mineurs ont été interpellés le lendemain, soupçonnés d’avoir lancé des projectiles en direction des agents. D’autres accrocs ont été rapportés au niveau de la cité Viotte, mais surtout à Montbéliard et son agglomération où un couvre-feu vient d’être instauré. À Besançon, les dégâts ont été nettoyés par les services de voirie dés le petit matin. Outre les affrontements, les Officiels font état de la destruction d’une quinzaine de poubelles, de trois abribus, d’une réclame, et de trois véhicules.

Par communiqué, la nouvelle mairesse de Besançon Anne Vignot a durement évoqué cette actualité. Elle « condamne fermement les actes de violences qui se sont déroulés cette nuit dans le quartier de Planoise à l’encontre des policiers et des forces de l’ordre qui ont subi des tirs tendus de mortiers d’artifices, intensifiés par des destructions matérielles : voitures, abribus… Bien qu’il n’y ait eu aucun blessé, ces comportements dangereux et destructeurs sont intolérables. » Elle poursuit et achève :

« Comme je m’y suis engagée, je souhaite œuvrer de toutes mes forces pour que Planoise ne soit pas une zone de non droit et que l’on puisse y habiter sans craindre une poussée de violence. Pour cela, j’associerai toutes les personnes qui le désirent et en particulier les habitant.e.s pour transformer ce quartier en un lieu de vie où toutes et tous pourront cohabiter ensemble et sereinement. Je salue enfin le travail et l’engagement des policiers, des forces de l’ordre ainsi que des pompiers et leur renouvelle tout mon soutien. »

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