7 novembre 2016
Emma Audrey (44 articles)
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Rassemblement contre l’arrestation arbitraire de 11 députés du HDP en Turquie

Samedi 5 novembre à Besançon, plusieurs organisations qui militent pour les droits du peuple kurde, ont manifesté contre la répression que la population kurde subit en ce moment en Turquie. La mise en détention de façons arbitraire, le 4 novembre, des deux co-présidents du HDP, Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, ainsi que 9 autres députés, a généré une vague de manifestations partout dans le monde. En France les collectifs et associations pro kurdes ont manifesté dans plusieurs grandes villes.

Mieux comprendre : Situation globale, synthese historique


carte-kurdistan

Le peuple kurde s’étend, comme illustré sur la carte, sur plusieurs régions: Turquie, Syrie, Irak et Iran. À peu près la moitié des Kurdes vivent en Turquie. Ils représentent 18 % des 76 millions d’habitants du pays, soit environ 15 millions. D’autres estimations varient entre 8 a 10 millions. La majorité des Kurdes vit au Kurdistan turc, dans le Sud-Est du pays.

Malgré l’opposition ferme des turques , les Kurdes n’ont cessés de vouloir créer un état autonome.

En 1920, le traité de Sèvres stipula la création d’un état kurde autonome mais le traité de Lausanne, qui lui fit suite en 1923, ne fit aucune mention des Kurdes. En 1925 et 1930, des révoltes kurdes furent réprimées par la force par le gouvernement turc de l’époque. À la suite de ces événements, l’existence d’une ethnie distincte kurde en Turquie fut officiellement niée et toute expression par les Kurdes de leur identité ethnique fut durement réprimée. Jusqu’en 1991, l’usage de la langue kurde — bien que largement répandu — fut interdit.

Jusqu’en 1991, les kurdes de Turquie étaient appelles les « turcs des montagnes ». Les mots « kurdes » , « Kurdistan », et « kurde » étaient officiellement bannis par le gouvernement Turque.

Cette répression a continué jusqu’à nos jours sous différentes formes. Suite à l’action menée par les différents gouvernements turcs à l’encontre de la population kurde, plusieurs formes de lutte se sont développées. La lutte armée, avec la création en 1984 d’une organisation politique et militaire sous le nom de PKK – Le Parti des travailleurs du Kurdistan, à ce jour considérée comme organisation terroriste. A présent les revendications d’indépendance du PKK se sont muées en demandes d’autonomie culturelle au sein d’un système fédéral plus large, d’amnistie pour les rebelles qui leur garantisse leur participation à la vie politique, et la libération de son leader Abdullah Öcalan détenu sur l’île-prison d’İmralı au nord-ouest de la Turquie depuis 1999.

Le PKK évolue désormais sur plusieurs zones du Kurdistan et se fait remarquer surtout pour les récentes campagnes militaires à succès – aux cotés des YPG et YPJ – les Unités de protection du peuple – contre Daech.

Le parti politique HDP


hdp-logo-badge-230x230Le parti HDP est une coalition de plusieurs formations politiques (33 associations et groupes) et de sept partis politiques. Il a été officiellement créée lors du congrès de fondation tenu le 27 octobre 2013.

C’est un parti décrit comme étant « LE parti pro-kurde » par l’ensemble des médias français. Cependant, il est surtout l’expression de la pluralité et de la démocratie dans un pays qui est en phase de devenir une dictature. C’est un parti qui défend des valeurs de « travail, d’égalité, de liberté, de paix et de justice », en opposition aux « forces racistes, nationalistes, militaristes, sexistes, conservatrices et mercantiles ». Il reconnaît la place de tout groupe ou individu quelles que soient sa « langue, sa religion, sa couleur, sa race ou sa différence sexuelle », en particulier des « travailleurs, des ouvriers, des paysans, des petits commerçants, des retraités, des femmes, des jeunes, des intellectuels, des artistes, des personnes LGBT, des handicapés, des opprimés et des exploités » « de quelques nation, langue, ethnicité qu’ils fussent » dans un monde « équitable, libre, humain et juste ».

Tout ceci entre de facto en opposition totale avec la politique du gouvernement Erdogan.

Ca se passe en ce moment


Suite à la purge tout azimut lancée par le président turque, les kurdes ont subi des nombreuses attaques. Toute personne parlant kurde ou qui s’oppose au gouvernement turque, devient une menace pour l’appareil Erdogan. L’arrestation violente de 11 députés intervient après des mois de purge intensive. Le parti HDP détenait environ une centaine de mairies . Elles ont été mises sous tutelle et par la même occasion, l’ensemble des organisations qui oeuvrent pour la culture kurde, fermées et leur dirigeants arrêtés.

Vidéo de l’arrestation des députés HDP par Euronews

A Besançon


Une centaine de personne a manifesté sous une pluie battante, place Pasteur. Malgré le nombre réduit de personne, on pouvait entendre de très loin leur cri de colère « Libérez » en citant le nom des 11 députés

Nous avons pu discuter avec deux membres du collectif Besançon Solidarité Kurdistan (audio)

Le manifeste du collectif


Halte au fascisme et à la répression en Turquie !

 

Depuis la mise en échec d’Erdogan et de son parti l’AKP aux élections de juin 2015, le gouvernement turc a décidé de mener une répression sanglante contre la population kurde et de criminaliser toute autre opposition (démocrates, syndicalistes, militant.e.s des droits des LGBT, défenseur.ses des droits de l’Homme, avocat.e.s, étudiant.e.s, universitaires, journalistes,…).

 

L’échec de la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016 est devenu un prétexte pour la mise en œuvre d’une répression sans précédent et l’instauration d’un régime dictatorial en Turquie : destitution de plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires, dont un grand nombre de syndicalistes, notamment dans la magistrature et l’éducation fermeture de dizaines de médias d’oppositions arrestation et mise en détention de centaines de journalistes, magistrats, étudiant.e.s, universitaires, syndicalistes… assassinats d’opposant.e.s politiques répression violente de toute manifestation d’opposition rétablissement de la peine de mort soumis par Erdogan au parlement .

 

Ce vendredi 4 novembre, la mise au ban de l’opposition a franchi un nouveau pas, avec l’arrestation de 11 députés du HDP, la principale organisation d’opposition progressiste, dont ses deux co-président.e.s Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag.

 

Face à l’urgence de la situation, la communauté internationale ne peut rester silencieuse et doit agir pour dénoncer la répression et protéger la population kurde et les démocrates turcs.
Nous apportons notre entière solidarité avec celles et ceux qui, en Turquie et au Kurdistan, résistent au fascisme et luttent pour la paix, pour une société égalitaire, libre et solidaire.

 

Signataires :
Collectif Besançon Solidarité Kurdistan (Parti Communiste Français, Initiative Communiste Ouvrière, Fédération Anarchiste, Action Populaire, AMEB Solidaires Étudiant.e.s, Solidaires, Collectif Antifasciste de Besançon, MRAP, Union de la Jeunesse de Mésopotamie), Ensemble, Mouvement de la Paix

En France et dans le monde


Cette répression a generé une vague de manifestations partout dans le monde. A Kobane, une marche des « femmes de Kobané » a eu lieu, sous le slogan « Soulèvement à Kobanê, Résistance à Amed »

 

A Toulouse, pres de 600 personnes se sont rassemblés.

A Paris entre 20.000, selon la police, et 30.000 kurdes, selon les organisateurs, se sont réunis place de la République.

Références:


Le traité de Lausanne est un traité de paix signé le 24 juillet 1923 au château d’Ouchy à Lausanne (Suisse). C’est le dernier traité résultant de la Première Guerre mondiale. Il précise les frontières de la Turquie issue de l’empire ottoman et organise des déplacements de populations pour assurer l’homogénéité religieuse à l’intérieur de ces nouvelles frontières. Les signataires : Turquie, Empire britannique, République française, Royaume d’Italie, Empire du Japon, Royaume de Grèce, Royaume de Roumanie