Besançon : hommage à la Commune et aux Communards
18 mars 2021
Toufik-de-Planoise (36 articles)
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Besançon : hommage à la Commune et aux Communards

Dans le cadre des commémorations de la Commune de Paris et de sa propagation en Province, un rassemblement était organisé ce jeudi 18 mars à Besançon. Une chorale révolutionnaire s’est ainsi formée dans le vieux centre, au milieu des étendards et des affiches dédiées aux figures insurrectionnelles. De cet épisode historique et politique majeur, beaucoup associent seulement la région au célèbre peintre ornanais Gustave Courbet. Mais peu savent aussi que Bakounine en personne évoquait clairement la constitution d’une Commune… à Besançon.


« Un devoir de mémoire, et de transmission. »
Il y’a cent-cinquante ans jour pour jour, le soulèvement du 18 mars 1871 entraînait la proclamation de la Commune de Paris. Partout en France cet anniversaire a été célébré, malgré le contexte pandémique restreignant les mobilisations. La ville de Proudhon et de Lip ne pouvait en être exclue. Ils étaient ainsi une cinquantaine réunis place du Huit septembre, afin d’honorer la Commune et les Communards. Avec chants contestataires, pancartes allouées aux figures de la période dont la renommée Louise Michel, et bien sur une flopée de drapeaux rouges et noirs.

Le regard interrogatif des passants et riverains a dés lors laissé place à la joie de festivités devenues rares. Le Temps des Cerises, la Canaille, ou encore l’Internationale, ont empli l’atmosphère. Un badaud s’exclame : « sans tout partager des idéaux ici portés, c’est une scène forte sympathique. » Pour les militants présents, les retrouvailles étaient également attendues. « Nous ne pouvions faire l’impasse sur cette date symbolique. C’est un devoir de mémoire, et de transmission » confie l’un d’eux. « Garder un semblant de vie sociale fait du bien » ajoute une autre.

Noëlle Ledeure, du syndicat Solidaires, évoque durant quelques minutes la chronologie de cet événement, et les acquis qu’il a dessiné. Démocratie directe, droit au travail et à la santé, gratuité et neutralité de l’enseignement, élection et révocabilité des fonctionnaires, égalité salariale entre hommes et femmes, droit au logement et principe de réquisition, réduction de la journée de travail et interdiction du travail de nuit, légalisation du concubinage, mise en place des secours d’urgence, ou encore élections des directeurs de fabriques, en sont quelques exemples.


Paris, Lyon, Marseille, et… Besançon.
À Besançon aussi la Commune devait voir le jour, comme l’expose un article de la CGT locale. Une insurrection, discutée avec Mikhaïl Bakounine, était envisagée en Franche-Comté. Les notables de la ville, épouvantés par les signaux qu’ils constataient, ont laissé de nombreux documents en ce sens. Le président d’un rapport parlementaire admet ainsi : « Les adhérents de la Commune était nombreux, surtout dans les rangs de la garde nationale. Les sympathies se manifestaient plus ouvertement chaque jour, en raison de la prolongation de la résistance de Paris.  »

Plusieurs patrons ont également témoigné de leurs craintes et préoccupations. Un entrepreneur du quartier des Chaprais précise avoir licencié plusieurs maçons qui « auraient vu avec plaisir le triomphe de la Commune. » Un autre alerte : « Pendant l’insurrection du mois de mars, plusieurs de mes anciens ouvriers que j’avais renvoyés de mes ateliers pour inconduite se sont présentés chez moi dans un moment d’ivresse, je dois le dire, me disant qu’ils allaient composer un tribunal révolutionnaire et qu’ils voulaient savoir si j’étais l’ami des ouvriers. »

Le premier président de la Cour de Besançon, Loiseau, rapporte encore à une commission : « Les cris vive la commune ont trop souvent retentis dans la ville, pour que l’on puisse douter des vœux ardents que formaient les partisans de l’Internationale pour le succès de l’Insurrection, et du concours actif qu’ils lui auraient prêté sur tous les points si cette insurrection avait eu une plus longue durée à Paris, à Lyon et dans les grandes villes du Midi. » Mais avec le début de la Semaine sanglante le 21 mai, le projet n’a jamais connu de lendemains.

Toufik-de-Planoise

Toufik-de-Planoise

Un Ours qui parle, et qui écrit aussi.