L’opposition de droite, demande la 5G à Besançon
20 avril 2021
Emma Audrey (132 articles)
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L’opposition de droite, demande la 5G à Besançon

Antennes 5G« La 5G ne présente pas de risques pour la santé. Il est temps de la déployer dans le Grand Besançon ! »

C’est ainsi que commence le communiqué de presse de « Besançon maintenant« * .  « Contrairement aux allégations de la majorité municipale de Besançon, l’ANSES, agence chargée d’évaluer les effets sanitaires de la 5G, a confirmé dans son rapport publié ce 20 avril l’absence de risque sanitaire avéré spécifique à ce standard de téléphonie mobile. Le lien entre exposition aux radiofréquences et éventuels effets sanitaires pour la technologie 5G est, en l’état des connaissances, comparable aux bandes de fréquence utilisées pour les générations précédentes » peut-on ainsi lire dans le rapport, en référence aux fréquences spécifiques et complémentaires aux bandes principales utilisées pour déployer les réseaux mobiles Ultra Haut Débit. » expliquent-ils dans ce même communiqué.

Le rapport utilisé pour annoncer publiquement que « la 5G ne présente pas de risques pour la santé au vu des données disponibles » est à retrouver ici:  https://www.anses.fr/fr/content/5g-pas-de-risques-nouveaux-pour-la-sant%C3%A9-au-vu-des-donn%C3%A9es-disponibles  

Cependant, la conclusion de la droite bisontine est à prendre avec grande précaution. Pour cause, l’ANSES alerte sur « un manque de données scientifiques sur les effets biologiques et sanitaires potentiels liés à l’exposition aux fréquences autour de 3,5 GHz « . La 5G sera déployée sur deux bandes de fréquences en France. La première sera la bande 3,5 GHz et sera utilisée pour la couverture en téléphonie mobile 5G dans des zones géographiques étendues. La bande 26 GHz arrivera les années à venir, pour « la communication entre des objets connectés ou pour de la téléphonie mobile dans des périmètres restreints ».

Les deux bandes de fréquences pour la 5G sont d’ailleurs en cours d’attribution par l’Autorité de régulation des télécoms (Arcep). La procédure a été lancée le 31 décembre 2019. Le gros problème c’est que pour ces bandes de fréquences « les données de la recherche sont encore peu nombreuses », pointe l’Anses dans son rapport. « Ce qui est préjudiciable pour l’étude de leurs conséquences éventuelles sur la santé des populations et compte tenu de leurs utilisations à venir. De plus, les données de la recherche sur les fréquences les plus élevées entre 20 et 60 GHz, sont encore peu nombreuses. L’expertise consistera ainsi à étudier la possibilité d’extrapoler les résultats des travaux antérieurs sur les risques des diverses technologies (3G, 4G, wifi, scanner corporel) et les données de la littérature scientifique disponibles, pour les appliquer aux innovations de la 5G.», prévient l’Agence.

Donc, pour conclure, la recherche s’est principalement concentrée sur les champs électromagnétiques de fréquences inférieures à 3 GHz. Ainsi, « l’Anses souligne la nécessité d’obtenir le maximum d’informations de la part des industriels impliqués afin d’estimer au mieux les scénarios d’exposition et d’anticiper les éventuels risques pour les populations ».

En gros, les études ne permettent pas d’évoquer avec certitude que « la 5G ne présente pas de risques de santé ». Le tout doit être mis au conditionnel. Dans le cas présent, l’installation immédiate de la 5G fera de Besançon, comme bien d’autres villes, des laboratoires de test à grande échelle.

Comment fonctionne la 5G ?

Pour répondre à tous les besoins, le réseau mobile 5G a besoin d’utiliser plusieurs bandes de fréquences. Et, c’est encore plus vrai avec la 5G que ça ne l’est avec la 4G. Dans les fréquences basses on trouve une bonne portée du signal, mais des débits moindres. À l’inverse, dans les fréquences hautes, on trouve des débits élevés mais une portée du signal plus faible.  De plus, cette technologie va nécessiter 30 % d’implantations d’antennes supplémentaires dans les zones périurbaines par rapport à la 4G.

Que dit l’Europe?

Dans un appel à l’Union européenne, plus de 180 scientifiques et médecins de 36 pays mettent en garde contre les dangers de la 5G, qui conduira à une augmentation significative de l’exposition des personnes aux radiations électromagnétiques. Les scientifiques exhortent l’UE à respecter la résolution 1815 du Conseil de l’Europe. Ils demandent qu’un groupe de travail indépendant soit créé dans l’UE pour réévaluer les effets sur la santé.

« Nous, soussignés scientifiques, recommandons un moratoire sur le déploiement de la 5G, la cinquième génération de support hertzien pour les communications mobiles, jusqu’à ce que les dangers potentiels pour la santé humaine et l’environnement aient été complètement évalués par des scientifiques indépendants de l’industrie. La 5G augmentera considérablement l’exposition aux champs électromagnétiques de radiofréquence (CEM-RF) par rapport aux réseaux existants 2G, 3G, 4G, Wi-Fi etc. Il est prouvé que les émissions CEM-RF sont nuisibles à l’homme et à l’environnement ».

Comment l’Europe a répondu? C’est aux états membres de prendre les décisions.

La gauche contre la 5G?

Pas tant que ça. Une grande partie de la gauche s’insurge contre la vitesse de l’installation. Pas assez de données, pas assez de recul nécessaire. A Besançon, Anne Vignot, maire de Besançon, (avec 69 autres élus de gauche et écologistes dans toute la France) réclame un moratoire sur la 5G. Parmi les signataires figurent également Jean-Luc Melanchon, Michèle Rubirola, Eric Piolle, maire écologiste de Grenoble, le député LFI François Ruffin ou encore Jean-François Debat, maire PS de Bourg en Bresse. A Paris, la mairie de gauche a demandé une « conférence citoyenne métropolitaine ». « Le but est d’objectiver le débat et de laisser la possibilité aux habitants de définir des garde-fous sur les usages souhaitables ou non », indique le cabinet d’Anne Hidalgo. « Il ne s’agit pas d’être pour ou contre la 5G, ni de se prononcer pour ou contre un moratoire : Paris n’est en aucun cas un territoire rétif à l’innovation. »

Les associations se positionnent

Alain Bazot, président de l’UFC-Que choisir s’interroge: « Comment, qui plus est, accepter que la 5G puisse être commercialisée sans avoir bâti une réglementation empêchant les opérateurs, via des campagnes marketing frôlant la filouterie, de vendre la 5G comme étant nécessairement un progrès technologique, alors qu’en réalité le saut qualitatif par rapport à la 4G sera parfois inexistant ? » L’association demande ainsi “un moratoire sur les projets de commercialisation de la 5G”.

Greenpeace France, par la voix de son président Jean-François Julliard,  réagit : « Lorsque certains veulent déployer la 5G avant d’avoir couvert tout le territoire français en 4G, on est en droit de se poser des questions. Cette innovation doit être mise en balance avec le coût environnemental qu’elle induit. Sur le sujet, nous réclamons un vrai débat plutôt que de se précipiter, tête baissée, comme le gouvernement le fait. C’est uniquement à cause de la polémique que le gouvernement a annoncé des études sur l’impact de la 5G. Mais, dans le même temps, il commence à vendre les premières fréquences aux enchères. »

Que dit Emmanuel Macron?

Il déclarait septembre 2020 ceci: « la France est le pays des Lumières, c’est le pays de l’innovation […] On va tordre le cou à toutes les fausses idées. Oui, la France va prendre le tournant de la 5G parce que c’est le tournant de l’innovation » . Exit la formule de sa campagne électorale « Make our planet great again », dites welcome à « don’t be amish again »

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*groupe de la droite bisontine, conduite par Ludovic FAGAUT

Emma Audrey

Emma Audrey

- Journaliste grand reporter.