Pour sa 12ème édition, du 7 au 10 août 2025, le No Logo réunira ses festivaliers une dernière fois aux Forges de Fraisans, dans le Jura. Contraints de quitter les lieux, Florent Sanseigne, fondateur et directeur du festival, et son équipe se sont battus pour organiser l’édition 2025. Outre le déménagement, avec son modèle économique indépendant qui fait de lui un festival « qui appartient à ses festivaliers », le No Logo remet chaque année son existence en jeu.
« Une vraie belle dernière danse » : le No Logo Festival contraint de quitter Fraisans
« On a envie que cette dernière édition soit belle, souriante, pleine d’inattendus : une vraie belle dernière danse à Fraisans », sourit Florent Sanseigne, directeur et fondateur du festival No Logo. En novembre 2024, les organisateurs ont reçu un courrier les informant de l’impossibilité de s’installer sur la commune de Fraisans, lieu de rencontre des festivaliers depuis 2013. La raison de ce départ ? Un projet de centrale hydro-électrique et photovoltaïque. « Les nouveaux investisseurs ne veulent pas que le festival cohabite avec le projet. On a dû se battre pour faire l’édition 2025 aux Forges », raconte-t-il. L’autorisation leur a été accordée en avril, après cinq mois de négociations.

Deux festivaliers dansent devant la scène Dub Factory au coucher du soleil. Photo : @atclems
« Le No Logo est une utopie »
Depuis 2013, les mots d’ordre sont les suivants : pas de subventions publiques, pas de sponsoring, ni de bénévoles. « On voulait montrer que c’était possible de faire un festival dénoué de partenariats publics et économiques », explique le directeur. Une indépendance qui comporte sa part de risques, puisque chaque année est incertaine. Pour se projeter sur l’organisation de l’édition suivante, « pas d’autres choix que de faire complet ». Le budget, d’1,7 million d’euros pour 2025, est alimenté par quatre sources de revenus : les entrées, les bars, la commercialisation des stands et le marchandising.
Les festivités pourront-elles continuer ? L’équipe s’est interrogée à deux reprises, en 2014 lors de la première édition pluvieuse, puis en 2021 avec les complications administratives post-covid. Pour l’édition 2026, le conseil municipal d’un « village franc-comtois » a voté, le mercredi 9 juin, la potentielle arrivée du No Logo sur ses terres. Les habitués devront patienter pour connaître le nouveau lieu : Florent Sanseigne souhaite une annonce en grande pompe, sur scène.
Dès la première année, « c’était un pari méga risqué », admet-il. Le 21 juin 2013, les bisontins ont découvert la première affiche de communication lors de la fête de la musique, pour un festival organisé le 15 août. S’ils ont tout d’abord cru à une arnaque au vue d’une programmation de renommée internationale, la mission est accomplie : 18 000 personnes étaient au rendez-vous sur les deux jours. « Douze ans après, on est toujours là, on ne pensait pas que ça allait durer aussi longtemps. C’est une utopie », rit-il.

Fatoumata Diawara & The Wailers au No Logo Festival, 2024. Photos : @atclems
« No Logo No Facho »
« Nous voulons couvrir des luttes variées », explique Rose Laville, chargée de communication pour le festival. Une vingtaine d’associations pourront « faire entendre leur voix » avec des activités et des ateliers de sensibilisation. Le village associatif mettra à l’honneur les luttes pour les droits humains, les droits femmes, des travailleuses du sexe, des animaux, l’écologie, mais aussi les luttes contre les discriminations et les violences faites aux mineurs.
Lancé au printemps 2024, le slogan « No Logo No Facho » reste d’actualité. Alors que 50% des festivaliers ont entre 18 et 30 ans, la direction du festival a « considéré qu’il était très important d’éveiller les consciences chez les jeunes qui sont de plus en plus nombreux à voter pour le Rassemblement National ». Effrayé par les conséquences de l’arrivée de l’extrême droite dans les urnes, « que ce soit pour l’éducation, la culture, la liberté d’expression ou la presse », Florent Sanseigne réitère : « No Logo restera No Facho » en 2025.

Une foule émue devant le concert des Wailers. Photos : @atclems
90 artistes en 4 jours
Avec plus de 90 artistes sur quatre jours, le directeur l’assure, « tous les festivaliers vont découvrir des artistes qu’ils ne connaissent pas ». Taïro, Biga*Ranx, Danakil, Mellow Modd, Jah Lil, « toutes les sortes de reggae sont représentées ». Pour accompagner la génération émergente, la programmation avait un défi, accompli : 50% des artistes ne sont encore jamais montés sur la scène jurassienne. Un hommage sera rendu au chanteur Naâman, décédé en février d’une tumeur au cerveau à l’âge de 34 ans.
Attachée aux Forges, lieu de lutte ouvrière « où ont eu lieu les premières manifestations pour les avancées sociales », l’équipe du festival espère une « vraie belle dernière édition à Fraisans ».
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