VIDEO: Interview avec Louna, lycéenne arrêtée à Besançon
11 mai 2017 Share

VIDEO: Interview avec Louna, lycéenne arrêtée à Besançon

Nous avons reçu dans le studio de Radio BIP, Louna, sa mère avec son compagnon et Manon, lycéenne témoin de l’interpellation. Images de l’interpellation à la minute 3:30

 

Transcription audio de la vidéo

Transcription par Mélissandre

Radio BIP : Merci de nous retrouver sur les ondes de Radio BIP. Alors, on va parler de ce qu’il s’est passé le 9 mai : des lycéens de l’établissement Louis Pasteur ont bloqué les accès du lycée. Une action toute symbolique, on ne peut plus pacifique, mais l’issue du blocus était moins bon enfant. On en parle avec les principaux intéressés, on en parle avec Louna, la lycéenne qui a été arrêtée à l’issue de ce blocus ; la maman de Louna, Isabelle ; Sylvain, son compagnon et Manon, témoin et lycéenne également. Alors, est-ce que déjà vous pourriez nous expliquer un petit peu ce qu’il s’est passé ? Planter un petit peu le décor de l’action.

LOUNA : Ce qu’il s’est passé depuis le début ?

Radio BIP : Oui.

LOUNA : Bah ce qu’il s’est passé c’est que, comme vous avez dit, y avait un blocus assez pacifiste donc y avait pas vraiment de problèmes, c’était … ‘fin bref. Puis, on a vu arriver un groupe de policiers.

Radio BIP : Pourquoi ce blocus ? Pourquoi, vraiment d’entrée de jeu, pourquoi y a eu ce blocus ? Pourquoi vous avez manifesté ?

LOUNA : Moi, à la base, j’étais pas venue pour manifester en fait. J’étais venue pour voir des amis, y avait une manifestation pour les élections tout ça mais … j’étais pas … Moi, à la base, j’étais venue au lycée pour aller en cours donc j’avais rien à voir avec ça ni rien. Puis j’ai juste rejoins des amis et puis voilà, quoi.

Radio BIP : On t’a expliqué un petit peu pourquoi est-ce que les élèves étaient mobilisés ?

LOUNA : Ben oui mais euh… c’est pas vraiment… 

Radio BIP : Manon, est-ce que toi tu es courant de pourquoi y a eu ce blocus ?

MANON : Moi, j’ai parlé avec les personnes justement qui ont créé le « blocus » et ils m’ont expliqué que le blocus était pacifiste et qu’en gros, il était là pour pouvoir débattre des élections présidentielles. C’était totalement basé sur les élections présidentielles mais y avait aucune violence voulue et c’était vraiment quelque chose de simple, quoi.

Radio BIP : Alors, c’était si simple et bon enfant que sur les pancartes on pouvait lire : « Profite de cette journée pour échanger, rencontrer, créer, jouer, discuter, réfléchir, agir. » Voilà, c’était votre manière à vous de vous exprimer. Alors qu’est-ce qu’il s’est passé après ?

LOUNA : Donc, comme j’ai dit, y a eu une vingtaine de policiers qui sont arrivés en groupe. Ils sont arrivés armés avec des matraques et tout ça. Donc moi, j’étais avec des amis, j’ai vu le groupe arriver, je me suis dit que c’était pas pour nous, quoi, parce que c’était pas vraiment approprié. Et j’ai vu qu’ils ont commencé à se placer vers l’entrée où y avait les poubelles, là où c’était bloqué. Et ils ont, apparemment, demandé à une jeune fille qu’était assise, justement, à cet endroit-là de se pousser, de dégager. Elle a pas voulu, enfin apparemment, elle a refusé. Elle a été mise par terre, traînée par les cheveux et je me suis retournée, j’ai vu. J’ai été vraiment choquée parce que je me suis retournée, je les ai vu la plaquer et lui tenir la gorge donc…. ça c’est… ‘fin… c’est… c’est là où j’ai commencé à être un peu énervée, quoi. A ce moment-là j’étais avec des amis sur le côté, j’étais placée sur le côté de la porte d’entrée. Au départ, les flics nous ont demandé de nous pousser donc on est restés à l’écart et ils ont commencé à, donc, tout balancer les poubelles et tout ça. Ils nous on re-demandé de nous pousser alors qu’on ne gênait pas le passage donc ils ont commencé à nous pousser. Moi, ça m’a énervé donc je me suis défendue, c’était par réflexe, je les ai repoussé aussi. Ils m’ont repoussé beaucoup plus violemment en fait. On était 4-5 avec les élèves qui étaient avec moi. J’ai failli… je voulais… je voulais riposter mais y a un ami qui m’a retenue. Et bah voilà, j’ai regardé mon ami, je lui ai dit que c’étaient vraiment des enculés, je les ai insultés. Je me suis pas vraiment adressée à eux mais j’ai fait en sorte qu’on m’entende. 

Radio BIP : Y a eu des mots qui ont été échangés de part et d’autre de la part des policiers ?

LOUNA : Euh non. Enfin, pas tout de suite. Après, c’est … ‘fin bon. Et puis, au final, donc, quand ils ont entendu que je les ai insultés d’enculés, ils m’ont attrapée, ils m’ont saisie par derrière, ils m’ont traitée de pouffiasse. Je me suis retournée pour faire face à eux et c’est à ce moment-là qu’ils m’ont plaquée contre le mur. Ils ont été assez violents dans leur façon de me prendre, ils étaient 5 sur moi, à peu près. Je me suis débattue et je me suis débattue, j’ai essayé de donner des coups de pieds. J’ai réussi à atteindre, j’ai donné un coup de pied au tibia à un flic sur ma gauche. Et au final, ils m’ont mis assez violemment par terre, ils m’ont attrapé les cheveux, je suis tombée par terre, ils m’ont mis les menottes. Ensuite ils m’ont relevée et m’ont remise contre le mur. J’ai réussi à enlever mes menottes et je me suis avancée vers eux pour les pousser. J’avais pas vraiment l’intention de les frapper ni rien parce que je suis pas vraiment quelqu’un de violent mais j’étais quand même assez énervée. Du coup, ils m’ont rattachée, ils m’ont plaquée plus fort sur le sol, ils m’ont serré les menottes vraiment assez fort, j’avais super mal. Ensuite, le camion est arrivé et ils m’ont poussée violemment dans le camion, je suis tombée à côté de la banquette arrière. Ils m’ont plaquée contre le siège. J’avais les menottes très serrées, j’étais assise sur mes poignets, j’avais vraiment super mal. Je pouvais plus bouger. Donc ils étaient à deux en train de me tenir. Donc y avait trois policiers à l’arrière, deux qui me tenaient, qui me plaquaient la tête sur le côté pour pas que je bouge, tout ça. A un moment j’ai essayé de dégager ma tête et ils ont cru que je voulais les mordre et un policier m’a donné trois gros coups de matraque sur la jambe. Enfin, au début, deux coups de matraque et au bout de 5 secondes, il s’est re-énervé, il m’en a donné un autre sans raison, je sais pas pourquoi. Du coup, j’osais plus bouger parce que j’avais mal partout, je me suis calmée, j’ai arrêté de… ‘fin voilà. Et au final, après je suis sortie, ils m’ont attachée à un banc pas loin de … avant de me mettre en garde-à-vue et puis voilà, ils m’ont fouillée, tout ça. Voilà, ce qu’il s’est passé, en gros. Et je suis restée deux heures et demi en garde-à-vue du coup. 

Radio BIP : Et pendant ces deux heures et demi, il s’est passé quoi ? A part la fouille, à part …

LOUNA : J’ai été entendue après les deux policiers, ‘fin d’abord le mec qui voulait m’entendre à commencer par interroger les policiers et les policiers n’ont pas dit toute la vérité. Ils ont juste dit que je les avais poussés et traités d’enculés et que je les avais frappés mais ils ont pas dit ce qu’ils avaient fait eux. Donc, j’ai essayé de rectifier un peu les choses, j’ai dit exactement ce qu’il s’était passé après ça. Pis voilà, je sais qu’il y a beaucoup de gens du lycée, et ma mère aussi avec son copain, qui sont restés devant le commissariat pendant pas mal de temps, deux heures je pense. Du coup, je pense que c’est pour ça que j’ai pu sortir plus tôt parce que j’étais censée rester 24h normalement en garde-à-vue. Voilà.

Radio BIP : Isabelle, vous qui êtes la maman de Louna, comment vous avez vécu, alors, cette …

ISABELLE : Alors, j’ai vécu ça très très violemment, parce que moi, je suis pas du tout anti-policière. Au contraire, moi, on m’a appris que les gardiens de la paix étaient là pour préserver la paix. Donc, moi, dans mon idée, c’est inconcevable, INCONCEVABLE vraiment qu’un policier puisse se comporter comme ça. C’est juste pas concevable et c’est pas excusable parce qu’un policier face à des étudiants doit montrer l’exemple, comme un parent qlq part. Moi, je suis parent, je sais que je vais pas dire à mon enfant :  » N’utilise pas la violence.  » si moi, je lui mets des claques à longueur de journée. ‘Fin je veux dire, faut être cohérent à un moment donné. Les gardiens de la paix ont cette responsabilité-là, faut être fort et il faut avoir du sang-froid et donner une réponse adaptée à la violence et là, elle était pas adaptée. Donc, je continue à dire que je suis pas du tout anti-policier. Je pense qu’effectivement, il y a des policiers qui subissent beaucoup de violences. Moi, je viens du Nord-Pas-de-Calais, où vraiment y a des zones de non-droits dans lesquelles ils ne peuvent même pas circuler ou passer. Je suis pas là pour enfoncer quelqu’un mais je suis là pour dénoncer toute forme de violence et je suis là en tant que citoyenne. Je voudrais politiser en fait ce qu’il s’est passé pour ma fille pour éviter que ça se reproduise et que pour que chaque citoyen qui est victime d’une agression comme ça, ou un lycéen ou n’importe lequel d’entre nous, puisse porter une voix aux médias – puisque ce sont les médias qui nous entendent – et qu’on puisse se faire entendre. Aujourd’hui, on a des réseaux sociaux, on a des médias indépendants, on est quand même dans une démocratie, encore, mais ce qu’il s’est passé hier, ça ressemble à une entrée en dictature. C’est-à-dire que…

Radio BIP : Vous avez l’impression qu’y a une criminalisation d’un mouvement social ?

ISABELLE : Oui, c’est terrible. Bah, déjà, y a vraiment un enfoncement de la démocratie avec le 49-3, avec la Loi Travail, tout ce qu’il s’est passé, ça on le voit de l’extérieur. Moi, je suis pas allée manifester mais je suis une citoyenne engagée, je suis une « consom-actrice » ‘fin moi, j’agis beaucoup par la consommation, je consomme local etc… J’essaye de faire, dans la mesure de mes possibilités, ce que je peux. J’essaye d’éviter les rassemblements où il y a de la violence, parce que j’ai horreur de ça. Mais là, trop c’est trop. C’est-à-dire que moi, j’ai quitté Lille et j’ai quitté la banlieue lilloise parce qu’il y avait de la violence et j’ai voulu aller à Besançon parce que je me disais : « Tiens, la ville de la défense des libertés, la ville de Proudhon, etc… Je me disais, y a des intellectuels. La première fois que je suis allée au commissariat ici, voilà, j’ai trouvé… Je me suis dis AH LA LA, on est dans un autre niveau ! » et je me retrouve avec ça, je suis hyper déçue quoi. Et donc hier, quand vous m’avez interrogée, j’étais très en colère. Mais c’est normal, on est venu me chercher en répétition en me disant, un lycéen, et mon fils – qui est aussi au Lycée Pasteur – me dit : « Maman, voilà ! » et « Votre fille a été interpellée violemment. », on me montre des vidéos violentes, je vais au commissariat, on veut pas me recevoir, on ferme les grilles. Enfin, il faut se mettre à ma place, hein. Donc, effectivement ma réaction hier à chaud, sans rien savoir, était peut-être un peu excessive mais on peut la comprendre. Et aujourd’hui, j’ai toutes les informations, c-a-d, je suis allée au lycée, j’ai rencontré, déjà, le commissaire-divisionnaire, puisque j’ai… Le commissariat au départ refusait de nous entendre, donc je suis allée à la préfecture, on a sonné à la préfecture, on nous a fait poireauté environ une demi-heure, j’ai dit : « Moi, je ne bougerais pas de là tant que je n’aurai pas une réponse de qui a demandé à des policiers armés de se comporter comme ça envers des étudiants du lycée de centre-ville ! » et ils avaient l’air bien embêtés puisqu’en fait, on a eu aucune réponse jusqu’à ce qu’on nous dise… Au départ, on nous dit : « On s’en occupe pas, on est pas responsables, c’est pas nous ! » et au bout d’une demi-heure c’est : « Bah vous allez être reçus par le commissaire-divisionnaire. »

SYLVAIN : Ils ont arrangé un super rendez-vous…

ISABELLE : Rendez-vous express alors qu’une demi-heure avant, c’était pas eux et ils pouvaient rien faire. Donc, on s’est présentés, le CD était super sur la défensive, la première chose qu’il m’a dit : « Vous êtes une gauchiste. » donc pfff… Je vois pas le rapport en fait, j’arrive en tant que citoyenne, je viens poser une question et il était déjà en train de se défendre et de défendre les policiers. A un moment donné, il m’a dit : « Madame, vous n’étiez pas là. », j’ai dit : « Monsieur, est-ce que vous étiez là ? », il m’a dit : « Non. » donc j’ai dit : « Bah voilà, on est à égalité donc est-ce que vous me permettez de parler ? » J’ai pratiquement pas pu en placer une donc moi, j’ai lâché hein, j’ai dit « Bon, quand quelqu’un ne veut pas entendre et qu’il est sur la défensive, c’est pas la peine. On laisse se calmer les choses et ensuite, on peut discuter. » Et, ce matin, je suis allée à la médecine légale pour faire constater les coups sur ma fille puisqu’il y a eu quand même des coups de matraque, y a des bleus, les poignets… Elle est contre-bassiste quand même hein donc voilà… Le CD m’a sorti des choses délirantes, c’est-à-dire que ma fille faisait « parti de courant d’extrémistes de gauche hyper virulents ». J’ai dit : « Écoutez, ma fille n’est pas politisée, ça c’est sûr. C’est la première fois qu’elle vote. Je sais. – Vous la connaissez pas votre fille. » J’ai dit : « Monsieur, écoutez, on est là depuis juillet. Avant, on était à Lille donc elle peut pas être connue des mouvements, des forces de police en tant que militante d’extrême-gauche et même si elle était militante d’extrême-gauche, en quoi est-ce que ça est répréhensible par la loi ? » Je pense qu’on a tous le droit d’avoir nos idées politiques, on est pas obligé de les dire pour s’exprimer et je trouve que c’était limite comme si il m’insultait en disant : « Vous êtes des gauchistes. – Mais Monsieur, non, je suis une citoyenne qui vient comprendre ce qu’il se passe et une mère de famille qui vient comprendre ce qu’il se passe. » Je suis pas anti-policière et le discours était très manichéen, c’est-à-dire soit on était contre la police soit on était avec la police et ce que j’ai essayé de lui dire, je lui ai dit : « Écoutez, Monsieur, vous avez un discours manichéen. On est pas forcément contre ou pour la police. Moi, je suis contre toute forme de violence. » On est des citoyens, on est au milieu, on a envie que la police soit là en tant que gardien de la paix et pas comme force de l’ordre, c’est pas la même chose. J’ai envie d’avoir des gardiens de la paix qui préservent la paix. Or, là, on se trouve face à des gens qui incitent à la violence, qui provoquent, qui incitent à la violence, qui arrivent armés face à des étudiants pacifistes complètement désarmés. Je suis bien allée me faire préciser par le lycée que le lycée n’a absolument pas demandé l’intervention des forces de l’ordre, ou des gardiens de la paix et donc c’est bien, visiblement, une demande la préfecture, du préfet. D’accord, donc on en est… Ça, je veux rectifier, parce que j’ai bien vu l’adjointe au principal qui m’a dit : « Nous, on a trouvé ça tout à fait bon enfant. Les BTS ont tout à fait eu le droit d’entrer, ils sont rentrés, y avait rien du tout … » C’était même pas un vrai blocus, c’était une interpellation des passants pour discuter de la politique actuelle. Je trouve ça très très bien de la part de lycéen de s’occuper de la politique actuelle et de commencer à intégrer la politique et qu’est-ce qu’on leur propose en guise de réponse démocratique ? Des flics armés jusqu’aux dents qui viennent faire de la provocation. Alors, effectivement ma fille n’aurait pas dû dire : « Ce sont des enculés. » et je lui ai demandé de s’excuser, d’ailleurs, elle l’a fait d’elle-même, parce qu’elle a pas été éduquée comme ça. Mais quand vous vous faites molester, pousser, et insulter, traiter de gauchiste, et pousser violemment …

LOUNA : Et puis qu’on voit une gamine se faire étrangler à côté, c’est sûr que c’est un peu…

ISABELLE : Voilà, parce que la jeune fille qui s’est faite attrapée par la gorge, Anne, n’a rien fait, elle. C’est-à-dire, elle a juste refusé de sortir de la poubelle sur laquelle elle était, elle faisait de la musique. Donc, je veux dire, à un moment donné, où est-on ? On a voté, il me semble. On a pas voté pour que des choses comme ça se passent. Et moi, je veux que ce soit porté aux médias. Si ça pouvait venir de Besançon et que ça pouvait aller au national, c’est-à-dire, se dire : « Ça vient de Besançon, la ville de la défense des libertés … » parce que quand je suis arrivée dans cette ville, j’ai été agréablement surprise de voir tout ce qu’il s’y était passé, l’histoire qu’elle a. Et je trouve que c’est hyper important qu’en France il y ait, comme ça, des endroits, des localités qui continuent à défendre les libertés, qui soient des villes-symboles, quoi, de la défense des libertés citoyennes. Vous en êtes la preuve. J’ai été reçue par l’Est Républicain aussi. Donc je suis ravie de la réponse qu’a donné la presse parce que moi, je crois que, si on a pas la presse, si ils peuvent pas relayer la parole des citoyens, on finira en dictature. Ce qu’il s’est passé hier, c’est juste pas possible, quoi, c’est juste pas possible. Qu’on donne une réponse adaptée à la violence mais pas une réponse complètement disproportionnée comme ça là, c’est tout ce que je demande, voilà.

Radio BIP : Donc là, le but c’est vraiment de ne pas arrêter l’événement, de poursuivre l’action et de le porter plus loin ?

ISABELLE : De le porter, pas forcément, je sais très bien qu’ils ont d’autres choses à faire que de traiter des choses ou il n’y a pas d’incapacité etc, etc… Je sais très bien que ça passera à la trappe, certainement. Mais je voudrais en profiter pour médiatiser l’histoire pour que chaque citoyen soit invité à le faire, que chaque citoyen qui est agressé soit invité à le faire, qu’on laisse pas tomber parce qu’il s’agit de la défense de nos droits et il est de notre responsabilité à tous en tant que citoyen de venir défendre ses droits. Et c’est vraiment en tant que citoyenne, c’est en tant que, rien, aucun mouvement politique, je ne représente absolument rien, d’ailleurs on peut regarder sur mon casier si on veut, des années avant, voilà, c’est absurde, c’est juste absurde. Et je voulais également dire une chose : je ne veux pas stigmatiser tous les policiers parce que j’ai été reçue ce matin par Mr Bouchorot, qui nous a reçus ce matin pour la plainte de ma fille, qui a été adorable, hyper respectueux et dire : voilà, c’est des policiers comme ça que j’ai envie de voir aujourd’hui et y en a marre d’avoir des gens véreux qui profitent de leur statut pour violenter les autres. Et c’est cela qu’on a envie de voir sortir de la police, c’est pas la police qui est stigmatisée, que ce soit bien entendu. On est là dans un discours où on dit : « Sortez de vos rangs les gens qui sont véreux ! Sortez-les de vos rangs parce qu’ils servent et ils desservent la police. »

Radio BIP : Est-ce qu’il va y avoir des conséquences judiciaires pour Louna ?

ISABELLE : Alors, là, il y a une plainte de déposée par le policier donc, elle doit passer au tribunal.

SYLVAIN : Elle est convoquée devant le délégué du procureur de la république au tribunal de grandes instances, le 31 mai à 11h20. Donc elle doit répondre en fait d’une plainte qui dit que elle a porté un coup de pied aux jambes d’un fonctionnaire de police et également de l’avoir insulté en ces termes « d’enculé de flic » voilà de quoi elle doit répondre devant la justice. Donc aujourd’hui y a une plainte qu’a déposée Louna qui est…

ISABELLE : Qui rétablit un peu la vérité, c’est-à-dire que Louna était dans une posture de se défendre et pas dans une posture d’attaque. Et je connais ma fille, elle est absolument non-violente. C’est souvent sa problématique, c’est de trop se laisser faire et certainement pas de trop se défendre. Donc on travaille justement là-dessus pour éviter de trop se laisser faire et de savoir établir la justice en soi et de savoir se défendre, c’est un devoir. Hier, elle ne voulait pas porter plainte. Hier, elle a dit : « Maman, nan, laisse tomber, laisse tomber, laisse tomber. » C’est la peur, c’est « je veux pas de problèmes » et moi j’ai dit : «  Non ! Notre rôle c’est pas de nous cacher ! » C’est pour ça que je témoigne à visage découvert,y a aucune raison pour que moi, j’aille me cacher et que j’aille cacher mon visage alors que je suis dans mon bon droit de citoyenne française. Voilà, c’est tout ce que je veux dire et j’assume.

Radio BIP : Alors, dernière question pour Louna et Manon, comment vous… Déjà toi Louna, comment tu te sens ? Après cette expérience.

LOUNA : Moi, personnellement, ça va. ‘Fin si j’ai porté plainte c’est surtout pour pas que ça se reproduise en fait, c’est pas vraiment pour moi en fait. C’est juste parce que ces flics, ils méritent pas d’être encore là et que j’ai pas envie que ça se reproduise avec d’autres adolescents et tout ça qui n’ont rien fait, quoi, voilà.

Radio BIP : Et au lendemain de ce qu’il s’est passé, au lycée, comment ça se passe ? Qu’est-ce qu’il s’est dit ?

LOUNA : Alors moi, je suis pas allée au lycée encore. Je suis allée voir la médecine légale pour montrer mes coups, je suis allée portée plainte et je suis pas encore retournée au lycée donc j’ai pas encore pu en parler mais, voilà…

Radio BIP : Alors Manon, tu peux nous éclairer un petit peu ?

MANON : Moi, je suis interne au Lycée Louis Pasteur donc j’écoutais un peu ce qu’il s’est passé, ce qu’il s’est dit. Des personnes ont été mises au courant comme quoi j’ai été témoigner de l’agression de Louna et justement on m’a posé des questions, savoir ce qu’il s’était passé, savoir ce que j’avais vu. Il y a des personnes qui sont venues parler avec moi parce que j’ai pas été la seule à voir cette agression. Et oui, ça parle beaucoup quand même, il y a beaucoup de personnes qu’en parlent.

Radio BIP : Dans les commentaires, qu’est-ce qu’il se dit ?

MANON : Bah, y a beaucoup de personnes qui ne savent pas trop comment réagir parce qu’ils ont pas vu la scène. Nous, le blocus a commencé à 7h30 du matin donc tout le lycée était là et quand il y a eu l’agression à 14h, les trois-quarts du lycée étaient partis. On était à peu près une vingtaine de lycéens, quoi. Donc, très peu de personnes ont vu vraiment ce qu’il s’est passé. Et y a beaucoup de personnes qui écoutent, d’autres personnes qui parlent et d’autres personnes qui se questionnent.

Radio BIP : Qui se questionnent… Et bien merci…

SYLVAIN : Je pourrais dire juste une chose, par rapport à ce qu’il s’est passé justement, c’est que aujourd’hui on a des lycéens qui se sont réunis. Ils étaient, effectivement, hier à 7h30, tout le lycée qui était là. Pendant la matinée, apparemment, les policiers sont venus, ils sont repartis et à 14h, ils interviennent alors qu’ils n’étaient plus nombreux, plus beaucoup, en fait, devant le lycée.

LOUNA : On était 4-5, même pas, devant la porte…

SYLVAIN : Pourquoi une intervention à ce moment-là ? Qui donne l’ordre ? Pourquoi ? Pour quelles raisons ? Quand on voit les vidéos, on se rend compte que bon…

ISABELLE : Y a 20 lycéens, quoi …

SYLVAIN : Voilà, y a nombre pas possible de… La proportion est complètement est incroyable, quoi, entre les policiers et les lycéens.

ISABELLE : Pi des policiers armés comme ça, ‘fin je veux dire…

SYLVAIN : C’est ça, c’est complètement… Alors qu’ils s’en vont, ils coopèrent. Et d’autre part, je voulais dire, par rapport à la politisation de l’affaire, c’est que on se retrouve avec des jeunes qui organisent une manifestation politique mais sans parti. C’est-à-dire que les questions qu’ils posent, c’est des questions de bon sens, des questions de civilité…

ISABELLE : De citoyenneté.

SYLVAIN : De citoyenneté. Et ça, sans couleur forcément politique. Et la couleur politique intervient en fait juste après l’agression qu’a eu Louna, c’est qu’y a un policier qui a quand même dit, on l’entend …

ISABELLE : « Allez les gauchistes ! »

SYLVAIN : « Allez les gauchos, au boulot ! » C’est quand même incroyable …

ISABELLE : C’est un truc de fou.

SYLVAIN : Parce qu’on se retrouve quand même avec des forces de l’ordre qui sont certainement des pères de famille, qui sont, voilà, des adultes, plus adultes peut-être même que beaucoup de lycéens, qui pour la plupart ne sont même pas en pleine possession de leurs droits civiques, qui ont moins de 18 ans. Et, à venir leur avancer des termes pareils…

ISABELLE : Et puis les mettre dans des cases en fait, qui ne… Enfin, on vous mets dans une case. C’est comme moi, quand j’ai été reçue par le commissaire-divisionnaire, j’ai halluciné (à Sylvain) enfin, t’étais là…

SYLVAIN : Ah ben, tout de suite, le commissaire-divisionnaire c’est : « Bon, écoutez Madame, vous êtes là… » c’était limite : « Bon, je vous vois, vous êtes d’extrême-gauche. » Nan mais direct, c’est cataloguée : « … et votre fille est d’extrême-gauche, et votre fille, vous ne le savez peut-être pas mais elle va a des assemblées d’extrême-gauche, d’anarchiste, de machin … » Louna, quoi … Dire « On la connaît mieux que vous, votre fille. » Ça fait 10 ans qu’on est avec …

ISABELLE : On avait juste envie d’éclater de rire, vraiment. Parce que vraiment j’invite ma fille à prendre part à la vie politique, et s’approprier ses droits de citoyenne sans lui imposer quelque couleur que ce soit, elle a voté pour la première fois et on vient me dire un truc délirant genre : « Votre fille participe à des mouvements ultra violents d’extrême-gauche. » ‘fin je veux dire « ultra violents d’extrême-gauche » au Lycée Pasteur… J’ai envie de lui dire : « Mais Monsieur, est-ce que vous savez que vous êtes juste dans un lycée de centre-ville de bobos, quoi ? Est-ce que, ‘fin je veux dire… Y a pas de djihadistes là, faut arrêter ! » Voilà, c’est juste hallucinant et je pense que les policiers sont… parce qu’il y a quelque chose que le commissaire-divisionnaire m’a dit que j’ai trouvé très intéressant. Agacé, il m’a dit : « Vous savez nous, on intervient pas sans qu’on nous demande d’intervenir. » Donc ce qui est intéressant c’est que là, quelque part, il laisse une porte ouverte en disant : « C’est pas notre responsabilité. » Et moi, celui que je trouve responsable, c’est celui qui a donné l’ordre que ces policiers soient habillés comme ça et interviennent de cette façon-là dans un lycée de centre-ville où y avait pas de choses violentes. Donc cette personne-là est responsable de ce qu’il s’est passé et je pense que les policiers doivent être aussi agacés d’être envoyés dans des endroits, armés jusqu’aux dents, où y a trois lycéens qui font rien. Je pense que ça doit aussi les agacer d’être mobilisé pour des choses comme ça, alors qu’y a beaucoup en France bien plus grave qu’une manifestation bisontine au Lycée Pasteur.

SYLVAIN : Alors, le commissariat ne fait aucun commentaire là-dessus pour le moment et la préfecture… Hier on est passés, le commissariat était fermé. On nous a dit que c’était pour le plan Vigipirate. Bon, bref, ce matin vous y êtes allées je pense que les grilles étaient ouvertes.

ISABELLE : Oui, oui.

SYLVAIN : Donc, on va à la préfecture, y avait la mère de Anne qui était là. On y va à trois, donc trois adultes accompagnés de deux lycéens, on nous a pas ouvert. On nous a juste parlé à l’interphone en nous disant que c’est pas eux qui s’en occupaient. On a attendu une demi-heure avant que quelqu’un veuille bien venir nous dire : « Tout est arrangé ! »

ISABELLE : « Vous allez être reçus par le commissaire-divisionnaire. »

SYLVAIN : C’est complètement dingue. Personne ne prend ses responsabilités dans cette affaire jusqu’à maintenant et moi, ce que je voudrais c’est que les gens… qu’on puisse parler, qu’on puisse discuter. C’est-à-dire, voilà, d’un côté, voilà, on veut juste de la communication, comprendre ce qu’il se passe.

Radio BIP : Alors, y a quelqu’un qui est venu en soutien qui aimerait intervenir.

INTERVENANTE : Oui, moi, je voudrais juste dire qu’une action de cette envergure-là, par les forces de police, supposerait qu’il y ait un trouble de l’ordre public. Or, il n’y avait pas de troubles de l’ordre public donc en fait, il y a, quelque part, une violation du cadre dans lequel ces forces de police sont susceptibles d’intervenir. Et c’est très problématique parce que finalement, ça signifierait que par le fait du prince, c’est-à-dire l’autorité d’une personne, on puisse articuler et mettre en mouvement des moyens coercitifs qui sont complètement disproportionnés par rapport à la réalité des faits qui sont constatés. Et là, c’est très très gênant parce que, ce que soutenait tout à l’heure Isabelle, c’est la légitimité des actions qui va être remise en question. Et finalement, le risque inhérent à ça c’est le risque de fissurer la vision démocratique, c’est-à-dire que bien évidemment, on a besoin d’une force de police, bien évidemment, on a besoin d’une autorité parce que bien évidemment, y a besoin d’un cadre. Encore faut-il que ce cadre et les moyens soient proportionnels à la réalité des faits qui sont constatés ou qui sont opposés. Et là, c’est vraiment très problématique. Et je trouve que c’est effectivement donner une image des forces de police qui n’est pas une bonne image. On a tous eu quand on était plus jeune un idéal, un idéal du vivre bien, du vivre mieux, du vivre tous ensemble, du respect. Et je trouve que c’est important d’avoir, quand on a 16-17-18 ans, de pouvoir porter ces valeurs-là. Et je trouve aberrant, extrêmement regrettable que finalement, on sape de cette façon-là ces idéaux-là alors que très précisément y avait rien de dramatique. C’était, encore fois, ça a été dit, je vais pas revenir sur ça, pacifiste et que finalement, on utilise des moyens qui sont des moyens répressifs extrêmement violents vis-à-vis d’une jeune fille qui ne fait rien, qui est là, et on en profite pour provoquer quoi ? Créer quoi ? Moi, la question que je me pose dans toute cette histoire c’est : finalement, à qui profite le crime ? C’est-à-dire, ça sert les intérêts de qui et de quoi ? Au delà du fait de savoir qui est commanditaire. Mais je trouve que c’est problématique parce que finalement ça vient nuire à l’image des forces de l’ordre alors que ces forces de l’ordre, elles sont là , elles devraient être bienveillantes. Et à la limite quand y a un trouble de l’ordre public véritablement avéré, qu’il y ait une action répressive forte, c’est-à-dire, avec effectivement, des cars de CRS et des gars qui sont habillés de la tête aux pieds avec casques, matraques et l’ensemble de l’arsenal qui va bien, ça c’est… je trouve, quelque part, ça peut se comprendre. Mais quand, en face de soi, on a des jeunes qui jouent de la guitare, qui sont « peace and love », qui sont, finalement, à promouvoir et à revendiquer leurs idéaux, je trouve ça dramatique pour la démocratie. C’est la seule chose que je voulais dire.

ISABELLE : Et puis je trouve que, au delà de ça, y a un délit de faciès. C’est-à-dire que, je sais pas si vous avez entendu mais y a une jeune dame qui venait juste chercher sa voiture qui s’est fait traité de « toi, la bab’ dégage ! »

EMMA : Oui, oui, tout à fait. On a eu l’image.

ISABELLE : Déjà, y a quelque chose de très important aussi c’est que, s’il vous plaît, Messieurs les gardiens de la paix, quand vous vous adressez aux citoyens, vous les vouvoyez, vous leur portez un respect. On dit pas à quelqu’un : « Dégage ! » Moi, si vous m’obstruez le passage, je vais pas commencer par dire : « Dégage ! » Non, j’ai été éduquée donc je vais dire : « Excusez-moi. » Voilà. Donc, à part si, évidemment, vous êtes violent. Mais c’était pas le cas. Donc, en réalité, y a une violence verbale et une violence qui est complètement inappropriée dès le départ. C’est-à-dire, on dit à des gens : « Dégage ! Pousse-toi ! » et on te tutoie. Ça veut dire quoi ? Qu’est-ce qu’on montre comme exemple ? C’est-à-dire, ce que je veux faire là, c’est de la pédagogie, quoi. C’est de la pédagogie. Je veux faire de la pédagogie pour montrer aux jeunes et à ma fille que voilà, y a des adultes qui sont de leur côté et qu’il faut qu’ils apprennent à défendre leurs droits. J’aimerais qu’elle apprenne que maintenant, si les forces de l’ordre la traîne par les cheveux, qu’elle se laisse faire… C’est quand même dramatique mais c’est ce qu’il faut leur apprendre. C’est-à-dire : « Surtout, n’aie pas de réflexes, laisse-toi faire ! » Voilà, c’est tout, c’est quand même un truc… C’est quand même démentiel ! Mais j’en suis là aujourd’hui, parce que tu dois d’abord te protéger, te mettre en sécurité. Mais je trouve ça dramatique d’avoir à dire ça.

ISABELLE : Et je tiens bien à démentir aussi, parce qu’il y a des gens qui ont pensé que c’était le lycée qui avait appelé : le lycée n’a absolument pas appelé la police parce que elle m’a bien confirmé que la manifestation était tout à fait bon enfant et qu’y avait aucun problème. Les BTS sont entrés sans problèmes. Donc vraiment, il y a des ordres qui ont été reçus. Pourquoi les policier sont venus à 7h30 et sont revenus à 14h pour intervenir ? Je ne sais pas mais c’est ça qui faudrait savoir.

SYLVAIN : On attend les réponses. A bon entendeur…

Radio BIP : Merci beaucoup en tout cas d’être venus témoigner.

ISABELLE : Merci à vous d’avoir été là et de porter la parole des citoyens. On a besoin d’être tous ensemble contre la violence, contre toute forme de violence. Merci à vous.