Loi sécurité globale : participation en baisse, détermination intacte
13 décembre 2020
Toufik-de-Planoise (60 articles)
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Loi sécurité globale : participation en baisse, détermination intacte

En Bourgogne/Franche-Comté ce samedi 12 décembre, plusieurs cortèges étaient programmés afin de poursuivre le mouvement de contestation contre la loi de « sécurité globale. » Bien qu’atteintes par une affluence en berne, les métropoles de Dijon et Besançon ont concentré l’essentiel des troupes disséminées en cinq appels régionaux. Les autorités ont soutenu une forte pression sur ces deux pôles, entre interdictions préfectorales, quadrillages policiers, et coercitions de la moindre sortie. Ce qui n’a pas empêché les passages en force et confrontations de se dérouler.


La place Wilson, chronique d’un micro-climat brumeux.
Après le succès du 5 décembre dernier, l’essai n’a pas été transformé dans la capitale des Ducs. Conflits larvés entre organisateurs, lieu de convergence blâmé, craintes des sanctions et affrontements avec les pouvoirs publics… autant de raisons qui ont entamé la détermination de certains. L’arrivée des fêtes de Noël et la pluie ont fait le reste. Ils étaient toutefois environ cinq-cent encore engagés, principalement issus de syndicats tels que S.U.D./Solidaires et de l’U.N.E.F., de l’A.T.T.A.C., de formations féministes, mais aussi des gilets jaunes et du milieu autonome.

Collage féministe, lors du parcours.

À la cité judiciaire, Samuel Garnier (L.F.I./S.U.D.) harangue la foule. Les arrestations de migrants survenues la veille à Dijon, l’apparition de drones, la promulgation d’un décret étendant les fichages, sont autant de points abordés. Le parcours, en partie validé par la Préfecture, a néanmoins été interdit à partir de la place Wilson, et plus encore au-delà, comme toute approche du centre et en particulier du commissariat. Le défilé s’élance vers 15h15 alors en observant une placidité affligeante, que seul un groupe féministe perce à travers pancartes, collages, et slogans.

Vers 16h00 un air de déjà vu s’amorce, lorsqu’une centaine de téméraires mise sur la fougue plutôt que le nombre. Cela ne suffira pas. Rue Chabot Charny, un premier face-à-face avec les C.R.S. se solde par des tirs de grenades lacrymogènes et assourdissantes. Les insurgés reprennent alors rue Pasteur, et sont cette fois noyés dans un torrent de gaz. À peine le temps de souffler, qu’un deuxième assaut éclair survient après un lancé de pétard sur les uniformes. Dés lors presque aucune résistance ne s’exprimera, sonnant la fin de cette journée sur une unique interpellation pour « attroupement. »


Au moins soixante-dix verbalisations à Besançon.
À Besançon, c’est une tout autre méthode qui a été privilégiée. Cédant aux injonctions de la C.C.I. et des élus municipaux de droite, le Préfet Joël Mathurin a en effet décidé de proscrire les axes majeurs de la Boucle aux mouvements sociaux. Cela, selon les arguments formulés, essentiellement afin de « préserver l’activité commerciale du secteur. » La publication de l’arrêté qui précise la situation, intervenant seulement quelques heures avant l’événement, a naturellement accentué une critique déjà vive, puisque ne permettant l’expression d’aucun recours pourtant de droit.

Plusieurs initiateurs ont cependant maintenu et renouvelé leur tribune, indiquant que la liberté de manifestation était inaliénable. Mais place de la Révolution à 14h00, les opposants n’étaient qu’environ 300 à reprendre le pavé. Il en faut plus pour une centaine d’entre eux, résolus à braver les injonctions afin de se rendre à la Préfecture. Ils n’y trouveront qu’un comité d’accueil fourni, pour finalement être nassés par les gendarmes mobiles et fonctionnaires locaux. Gardés une quinzaine de minutes, au moins soixante-dix d’entre eux se sont vu promettre une contravention de 135€.

La stratégie adoptée par les décideurs apparaît ici surprenante, alors qu’aucun incident n’avait récemment éclaté dans la capitale comtoise. Ils prennent ainsi le risque au mieux de « transférer » les désagréments sur la périphérie et donc impacter le réseau de transport en commun, au pire de voir émerger une défiance beaucoup plus vaste et assumée qui pourrait un jour déborder. Ou peut-être même les deux. Dans les autres localités de la région, environ 200 manifestants étaient comptés à Lons-le-Saunier, autant à Mâcon, 100 à Dole, ou encore 75 à Chalon-sur-Saône.

Slogan inachevé mais évocateur, à Dijon.

 

Toufik-de-Planoise

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Un Ours qui parle, et qui écrit aussi.